Des migrants pensaient rejoindre un centre en Espagne, ils ont été renvoyés au Maroc
Des Marocains évacués d’un campement à Sebta accusent la police espagnole de les avoir trompés pour les renvoyer au Maroc. Leurs témoignages provoquent une polémique à Madrid, où des associations dénoncent des retours présentés comme volontaires.
« C’est la plus grande tromperie de ma vie. » À 21 ans, Taha pensait enfin quitter la plage de Sebta où il survivait depuis 65 jours. Des interprètes lui avaient assuré qu’un autobus le conduirait vers un centre d’accueil du gouvernement espagnol. Le véhicule l’a finalement emmené à la frontière marocaine. Aujourd’hui rentré au Maroc, le jeune homme accuse les autorités espagnoles de l’avoir expulsé contre sa volonté.
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Son témoignage, recueilli par le journal espagnol elDiario.es, rejoint celui d’une dizaine d’autres Marocains évacués début octobre de la plage du Trampolín. Tous avaient passé plusieurs semaines dans des abris de fortune après avoir rejoint Sebta à la nage, fin juillet. Lorsque la police est intervenue pour démanteler le campement, des personnes portant des gilets de l’association Engloba leur auraient promis un hébergement officiel.
Hassan, originaire de Casablanca, raconte avoir reçu les mêmes assurances. Après deux mois passés sur la plage, il pensait être conduit vers des installations où les autorités prendraient ses empreintes avant de lui attribuer une place sous une tente. Mais à son arrivée à la frontière, un interprète lui aurait annoncé son renvoi au Maroc. Il affirme avoir voulu expliquer sa situation et évoquer une éventuelle demande d’asile, sans avoir été entendu.
Les versions divergent radicalement. Le ministère espagnol de l’Intérieur soutient que les migrants transportés vers les installations du Tarajal avaient le choix entre une procédure d’identification et un retour volontaire au Maroc. Plusieurs intéressés contestent avoir bénéficié de cette possibilité. Taha assure même avoir demandé l’asile avant son départ, sans pouvoir engager la procédure.
« Ce n’était pas volontaire » : les témoignages se multiplient
Le retour au Maroc ne marque pas toujours la fin de leur périple. Taha explique avoir été conduit jusqu’à Béni Mellal par les autorités marocaines, alors qu’il réside près de Tanger. Il a dû payer lui-même son trajet pour rejoindre sa ville. D’autres jeunes seraient restés sur place, sans argent pour rentrer chez eux. Ahmed, également interrogé par la radio Cadena SER, décrit un transfert similaire sur plusieurs centaines de kilomètres.
L’affaire a pris une nouvelle dimension mardi 13 octobre. Plusieurs organisations, dont Amnesty International, Oxfam Intermón et Red Acoge, ont saisi le Défenseur du peuple espagnol. Dans leur communiqué commun, elles dénoncent des difficultés d’accès à l’asile, des problèmes d’interprétation et un manque d’informations sur les procédures de renvoi. Elles s’interrogent notamment sur les conditions de quelque 2 500 retours présentés comme volontaires en une seule semaine.
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La polémique est désormais politique. Ione Belarra, secrétaire générale de Podemos, a accusé mardi le gouvernement de Pedro Sánchez de faire capturer des migrants « par la tromperie » pour les expulser illégalement. Elle a également relayé des accusations faisant état d’un accord entre Madrid et Rabat sur ces renvois, sans qu’un tel arrangement ait été établi dans les éléments rendus publics.
Les associations réclament maintenant la suspension des retours lorsque des personnes ont exprimé leur volonté de demander l’asile, un accès effectif aux avocats et aux interprètes, ainsi que la publication des consignes encadrant les expulsions à Sebta. Elles demandent surtout au Défenseur du peuple d’enquêter sur les procédures appliquées à la frontière marocaine.