Le soir où le Maroc a volé la « Hollandse School » aux Pays-Bas

- 05h00 - Sport - Ecrit par : Farid Laamoudi

Aux Pays-Bas, l’élimination d’Oranje face au Maroc est vécue comme une faillite tactique autant que sportive. Dans une analyse sévère, la NOS estime que Ronald Koeman a renoncé aux principes du football néerlandais en adaptant excessivement son équipe aux Lions de l’Atlas.

La formule est dure, mais elle résume le malaise néerlandais après l’élimination face au Maroc : à Monterrey, la « Hollandse School » aurait été davantage visible chez les Lions de l’Atlas que dans le jeu d’Oranje. Autrement dit, le Maroc n’a pas seulement éliminé les Pays-Bas. Il leur aurait aussi confisqué, le temps d’un match, une partie de leur identité footballistique.

Sur Bladi.net : La victoire du Maroc vue par la presse néerlandaise

Dans son analyse, la NOS reproche à Ronald Koeman d’avoir abordé cette rencontre par la crainte plus que par la maîtrise. Le sélectionneur néerlandais avait choisi de passer à une défense à cinq, avec l’idée de mieux protéger une équipe fragilisée défensivement lors de la phase de groupes. Sur le papier, le choix pouvait se défendre. Sur le terrain, il a surtout produit une équipe néerlandaise trop basse, privée de relais au milieu et incapable d’imposer son propre rythme.

Le problème n’était pas seulement le nombre de défenseurs. Il était structurel. En optant pour une ligne de cinq, Koeman a retiré un joueur dans la zone où se construit le contrôle du match : l’entrejeu. Les Pays-Bas se sont ainsi retrouvés avec moins de présence entre les lignes, moins de solutions de sortie et moins de continuité dans la progression du ballon. Face à un Maroc capable d’occuper les bons espaces, de fermer les circuits intérieurs et de ressortir proprement, Oranje a rapidement perdu l’initiative.

Le chiffre retenu par la presse néerlandaise est parlant : les Pays-Bas n’ont eu que 30 % de possession contre le Maroc. Selon la NOS, il s’agit du plus faible pourcentage jamais enregistré par Oranje dans un match de Coupe du monde depuis que cette statistique est mesurée. Pour une sélection historiquement associée au jeu de position, à la possession et à la supériorité technique, le symbole est lourd.

Ce n’est pas une simple statistique de possession qui est en cause, mais ce qu’elle raconte. Les Pays-Bas n’ont pas choisi de laisser volontairement le ballon pour attaquer fort en transition. Ils l’ont surtout subi. Le bloc néerlandais a reculé, les pistons ont été contenus, les attaquants se sont retrouvés isolés et Frenkie de Jong n’a pas pu installer cette première relance qui sert habituellement de colonne vertébrale au jeu néerlandais.

À l’inverse, le Maroc a donné l’image d’une équipe plus cohérente collectivement. Les Lions de l’Atlas n’ont pas seulement joué avec intensité. Ils ont joué avec une vraie discipline de position, une bonne gestion des distances entre les lignes et une capacité à faire circuler le ballon sans se désorganiser. C’est précisément ce qui nourrit la lecture de la NOS : le Maroc a semblé plus fidèle à certains principes historiques du football néerlandais que les Pays-Bas eux-mêmes.

Le média néerlandais ne nie pas la valeur du Maroc. Il rappelle que les Lions de l’Atlas méritent le respect par leurs résultats récents, leur statut de champions d’Afrique et leur place dans le haut du classement FIFA. Mais il estime que Koeman a accordé à l’adversaire un respect tactique excessif. Face à une équipe marocaine solide mais pas intouchable, Oranje aurait dû partir de ses propres forces, notamment après une phase de groupes où son animation offensive avait montré plus de variété.

La critique vise aussi la préparation du plan. La défense à cinq n’était pas un projet longuement travaillé, mais une adaptation tardive. La comparaison avec Louis van Gaal revient naturellement aux Pays-Bas : en 2022, ce système avait été pensé, répété, intégré. Koeman, lui, semblait davantage corriger une faiblesse que construire une idée. Cette nuance change tout au plus haut niveau. Un système défensif peut être efficace lorsqu’il est maîtrisé ; il devient fragile lorsqu’il ressemble à une précaution prise au dernier moment.

Dans les débats d’après-match, cette lecture a divisé les anciens internationaux néerlandais. Pierre van Hooijdonk a compris la volonté de renforcer l’équilibre défensif. Rafael van der Vaart, lui, a contesté cette approche, estimant qu’Oranje ne devait pas autant s’ajuster à un adversaire jugé inférieur sur le papier. Cette opposition résume le débat actuel aux Pays-Bas : fallait-il respecter le Maroc, ou les Pays-Bas l’ont-ils trop respecté ?

La séance de tirs au but a fini par sceller l’élimination, avec les échecs de Justin Kluivert, Quinten Timber et Crysencio Summerville. Mais la presse néerlandaise ne réduit pas la sortie d’Oranje à cet exercice. Le reproche principal se situe avant : dans le plan de jeu, dans la posture, dans cette impression d’une équipe qui a accepté de défendre avant même d’avoir essayé d’imposer son football.

Sur Bladi.net : Le match Maroc - Pays-Bas vu par la presse néerlandaise

Pour Koeman, la défaite pourrait peser lourd. Son deuxième passage à la tête des Pays-Bas n’a pas encore permis à Oranje de battre une grande nation ni de retrouver une identité forte dans les grands rendez-vous. L’élimination contre le Maroc laisse une trace particulière, car elle ne raconte pas seulement une défaite aux tirs au but. Elle raconte une dépossession symbolique : ce soir-là, le jeu, la maîtrise et l’audace étaient davantage marocains que néerlandais.