Quel star-system au Maroc ?

- 15h31 - Maroc - Ecrit par : L.A

Au Maroc les artistes sont-ils maudits ? Au sein d’un star-système littéralement « en panne », leur existence est loin d’être parsemée d’étoiles et de paillettes. Entre absence de promotion, défaillance de la règlementation, manque d’investissements privés et omniprésence étatique, il est quasiment impossible de produire de vraies vedettes, surtout dans le domaine de la comédie.

Depuis le temps, tout le monde sait qu’au Maroc art rime rarement avec gloire. Nombreux ceux qui vous diront, Brad Pitt, George Clooney et Angelina Jolie sont aux Etats-Unis, pas la peine de les chercher ici ! Pourquoi n’existe-t-il à ce jour que très peu de stars nationales qui brillent au-delà des frontières du Royaume ? Ceci est valable dans tous les domaines artistiques, et particulièrement dans l’art de la comédie, où les rescapés sont peu nombreux. Tels que Hassan El Joundi et Mohamed Miftah. Outre ceux-là, qui tout de même ont dû s’expatrier sous d’autres cieux pour asseoir leur notoriété, le Maroc ne compte aucune vraie star.

Les superstars comme Gad El Maleh, Jamel Debbouze (France) ou encore Saïd Taghmaoui et Zineb Oukach (USA), elles, ont fait carrière à l’étranger. Les célébrités les plus adulées proviennent presque toutes d’Hollywood, du Caire, de Syrie, du Mexique et récemment de Turquie. C’est dire que l’on est prêt à adopter et idolâtrer n’importe quel acteur étranger mais pas question d’en faire autant pour les bons vieux compatriotes.

Au Maroc, les artistes populaires sont légion, mais pratiquement aucun ne répond aux critères de star, incarnant le rêve, l’idéal, la richesse, l’inaccessible ! Misère, pauvreté, ras-le-bol, revendications… c’est plutôt ce qui est ancré dans l’imaginaire des Marocains par rapport aux artistes. Ceci n’est, d’ailleurs, pas très loin de la réalité. Jusqu’à une date récente, beaucoup d’illustres acteurs se retrouvaient, au crépuscule de leur vie, littéralement dans la mouise, sans aucune couverture médicale ou soutien financier. Heureusement qu’ils pouvaient compter sur la charité royale… Certains se retrouvaient même sans logement. Comme le grand acteur de théâtre, Mohamed Khalfi qui a longtemps vécu en solitaire dans un camping à Dar Bouazza.

Nous l’aurons compris, le talent ne suffit pas pour garantir une existence dorée. D’ailleurs, les acteurs marocains bourrés de talent ne manquent pas, mais la grande majorité d’entre eux peine à percer. « Dans les autres pays, les nombreuses stars ne correspondent pas nécessairement à de bons artistes. Au Maroc, c’est plutôt le contraire, nous avons plus de bons artistes que de stars », explique Sanaa Akroud, l’héroïne du feuilleton « Romana et Bartal ». L’actrice est actuellement en tournage dans une production égyptienne, aux côtés de plusieurs célébrités, comme Mahmoud Himida et Mona Zaki, dans un film (Raconte Shéhérazade) du réalisateur Yossri Nasrallah.

Pourquoi donc une telle déveine, un tel gâchis de potentialités prometteuses ? A en croire les nombreux artistes que nous avons contactés, les raisons sont bien nombreuses. Mais une seule revient, comme un leitmotiv, dans tous les discours. « Nous n’avons pas d’industrie artistique, nous ne fabriquons pas de stars », déclarent, spontanément, tous les comédiens. Certains vont même jusqu’à dire qu’il n’y a aucune volonté des responsables et des intervenants dans le milieu artistique dans ce sens. « Les responsables ont d’autres chats à fouetter. L’artiste n’est pour eux qu’un produit d’amusement durant le Ramadan », estime l’acteur Saâdallah Aziz.

La production est également pointée du doigt. Il n’y a déjà que peu d’investisseurs qui s’aventurent dans la production cinématographique ou télévisuelle. Cette dernière est pratiquement monopolisée par les deux chaînes nationales, qui selon certains, rediffusent plus qu’elles ne produisent. Ceci crée naturellement une rareté d’opportunités d’emploi. A côté, il y a les réalisateurs qui possèdent pratiquement tous leurs propres maisons de production, et risquent leur propre argent dans leurs projets. Avec des moyens financiers limités, leurs choix artistiques sont influencés. Les réalisateurs/producteurs négocient ainsi rudement les cachets de leurs comédiens, et n’hésitent pas à remplacer ceux qui prétendent à des rétributions élevées.

C’est d’ailleurs cette facilité de troquer des comédiens par d’autres qui fait que des talents apparaissent en grande pompe puis disparaissent, ou que des visages connus sombrent dans l’oubli pendant des années. « Les têtes d’affiche au Maroc, on ne connaît pas ! Tout le monde est remplaçable », insiste le comédien Mohamed El Jem. Même écho du côté de Abdallah Didane, « l’artiste est le cadet des soucis des producteurs et des responsables. On finit par se sentir comme des rebuts », s’écrie l’acteur.

En l’absence de financement, de management et de promotion, les têtes d’affiche, on ne connaît pas ! Les réalisateurs sont, par ailleurs, accusés de favoriser leur propre notoriété au détriment de celle des acteurs.

La liste des blocages est encore longue. « Pour la création artistique nous comptons encore essentiellement sur l’Etat. Or ce dernier ne peut pas tout faire », regrette Mohamed El Jem. Les moyens financiers font donc cruellement défaut à la création artistique et à la promotion d’un star-système « marocain ». La promotion médiatique, c’est justement l’autre talon d’Achille de la comédie marocaine. « Quand on regarde les chaînes arabes on se heurte à des publicités massives de films purement commerciaux, presque sans valeur artistique », relève Siham Assif. « Les films marocains, eux, se basent plus sur la créativité artistique et sont plébiscités dans tous les festivals internationaux. Mais au bout du compte, ils finissent dans les tiroirs parce qu’ils ne sont pas promus », ajoute-t-elle.

C’est vrai qu’avec deux chaînes de télévision, il ne faut pas trop espérer. Leur participation à la promotion des productions nationales reste encore très modeste. Il faut bien plus de tapage médiatique pour que le public se rue sur les salles de cinéma, qui, précisons-le au passage, sont très peu nombreuses.

Hassan Nafali, président du syndicat des professionnels du théâtre, lui, insiste sur l’absence d’un système de management et de promotion de l’image de l’artiste. Les acteurs n’ont, pour la quasi-totalité d’entre eux, personne pour les soutenir ou prendre en main la gestion de leur carrière. Le métier de « manager » est pour ainsi dire inexistant au Maroc. « Il ne faut pas se leurrer. Même si on avait des managers, ils travailleraient avec qui et où ? Nous n’avons que 2 chaînes nationales, et nos produits restent cantonnés dans une niche locale très étroite », précise l’humoriste Hassan El Fad. Les revenus perçus par les acteurs ne sont pas pour arranger les choses. Avec leur cachets, somme toute, modestes, ils vivent pour la plupart comme Monsieur et Madame tout le monde. Le train de vie des stars est pour eux exclu. Ils restent aussi très accessibles et très proches de leur public. « Après tout, on n’est qu’au Maroc, on ne peut pas jouer à la star », lance Khadija Assad.

Cependant, les choses, heureusement, bougent, doucement mais sûrement. La production de films s’est nettement améliorée. Selon Hassan Nafali, on produit entre 12 à 18 longs métrages par an, et de 20 à 25 courts métrages. Les téléfilms et les feuilletons aussi sont de plus en plus nombreux, depuis que la Haca a imposé un cahier des charges annuel de près de 12 films et 4 séries par chaîne de télévision. De ce fait, les possibilités pour les acteurs sont plus importantes et leurs cachets plus salés.

La mutuelle des artistes récemment mise en place et la toute nouvelle carte professionnelle de l’artiste, lancée par le Souverain le jour de la fête du trône, font également renaître l’espoir.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de jeunes artistes en herbe laisse miroiter un bel avenir pour la comédie. Mais arrivera-t-elle à briser les frontières ? Pour l’heure, tous se lancent dans le métier par amour pour l’art, et ne se font pas trop d’illusions quant à l’avenir qui s’offre à eux au Maroc.

Ces contrats qui fâchent

« Dans les contrats proposés aux artistes il y a des clauses à la limite de l’insulte », déplore l’humoriste préféré de Méditel, Hassan El Fad. « Quand on lit le contrat, on se sent sur le banc des accusés », regrette le comédien Mehdi Ouazzani. Les contrats « imposés » aux acteurs sont, pour le moins, déséquilibrés. Beaucoup ne contiennent pas de précisions sur les conditions de travail, ni sur la durée, et selon certains, parfois même le montant du cachet n’y est pas mentionné. Résultat : des acteurs se déplaçant avec leurs propres moyens, jouant avec leurs propres vêtements, renvoyés en plein tournage, sans copie de leur contrat et même escroqués sur leurs revenus. Beaucoup d’injustices sont ainsi commises à cause de l’inexistence d’un contrat type taillé sur mesure pour la profession d’acteur et d’une absence de contrôle. C’est d’ailleurs, avec le barème de rémunération, parmi les revendications du syndicat des professionnels du théâtre. Toutefois, nombreux sont les acteurs qui, faute d’opportunités, acceptent n’importe quel contrat, pourvu qu’ils apparaissent sur les écrans et entretiennent leur présence sur la scène artistique.

Cachets ou pourboires ?

Dans le secteur du théâtre et du cinéma opèrent quelque 700 à 1000 personnes, entre comédiens, techniciens, scénographes, etc. Peu d’entre eux arrivent à se faire leur beurre dans le métier. Les choses commencent néanmoins à s’améliorer, surtout pour les comédiens. Pour un long métrage, par exemple, un premier rôle peut toucher en moyenne entre 50 et 80.000 DH. Certains peuvent décrocher (toutefois difficilement) des sommes avoisinant les 150.000 DH. C’est le cas, par exemple, de Rachid El Ouali, dont les cachets varient entre 100 et 150.000 DH. Le premier rôle dans un téléfilm en revanche peut rapporter entre 30 à 50.000 DH. S’il s’agit d’une participation dans une production étrangère, ces cachets peuvent être multipliés par 10, voire plus.

Dans les sitcoms, les revenus sont un peu plus conséquents. Ils peuvent aller de 200 à 300.000 DH. Abdallah Didane par exemple a touché 200.000 DH pour le Sitcom « Ana wiyak » (2M). Les humoristes, eux, s’en sortent un peu mieux. Ils peuvent toucher entre 10 et 20.000 DH l’épisode. Les gens du théâtre sont moins bien lotis. Dans une pièce de théâtre, le premier rôle ne dépasse pas les 3000 DH. Cela, si la troupe dispose de ses propres fonds. Si, par contre, elle fonctionne exclusivement grâce à la subvention du ministère de la Culture, le tarif peut chuter jusqu’à 1000 DH. Le ministère octroie chaque année une subvention d’aide à la création théâtrale allant de 2 à 3,6 millions de DH, répartie sur 20 à 30 troupes de théâtre. Une aide à la diffusion variant entre 900.000 DH et 1,5 million de DH est également offerte. Néanmoins, tous ces cachets dépendent de la loi de l’offre et de la demande. Aucun barème officiel de rémunération n’existe.

Les publicités, elles, permettent des gains plus intéressants. Un contrat avec une marque donnée peut rapporter jusqu’à 1 million de DH. Cela dit, par rapport à d’autres pays, ces cachets demeurent modestes, voire insignifiants. En Egypte par exemple, les stars peuvent être payées de 1 à 1,5 million de dollars par film.

Source : L’Economiste Magazine - Ahlam Nazih

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