Tanger, c’est Tanger !

- 11h14 - Maroc - Ecrit par :

C’était au cours d’une émission de la télévision française, le très regretté « Bouillon de culture », consacré à l’écrivain tangéro-américain, tout autant regretté, Paul Bowles. Je sursautai quand Bernard Pivot dit à son invité : « Vous venez de Tanger, où vous résidez. » Pourquoi ai-je sursauté ? Parce que M. Pivot n’a pas cru utile de préciser que Tanger se trouve au Maroc, ce qu’il n’aurait pas manqué de signaler si, au lieu de Tanger, l’écrivain avait élu domicile à Rabat ou à Agadir.

Si je vous dis Austin, vous penserez à la petite Anglaise, noire et nerveuse. Qui songerait à l’autre Austin, capitale du Texas, l’Etat, en dehors de l’Alaska, le plus vaste des Etats-Unis, si riche de son pétrole et de son gaz ? C’est vrai, mais, me direz-vous, au Texas il y a aussi Houston et Dallas, mondialement connus. Sauf que Houston, c’est une chanteuse quand ce n’est pas un cinéaste, alors que Dallas, c’est avant tout un feuilleton télévisé et son JR.

Les fées sont têtues

Quand naquit la ville de Tanger, les fées qui se penchèrent sur son berceau la pourvurent d’une inexplicable célébrité. Mais cette célébrité ne s’est-elle pas étiolée au fil des millénaires ? Eh bien, non : la célébrité de Tanger est éternelle, les bienfaitrices de cette cité n’en démordront pas, car les fées sont têtues. Revenons au Texas. Combien de montagnes de dollars donnerait Austin la milliardaire pour avoir autant de renommée que Tanger la gueuse ? Il est temps que les Texans le sachent : un Everest de dollars n’y suffirait pas, car, si Tanger n’a pas de richesse, elle n’a pas de prix non plus.

L’âge de Tanger, personne ne le connaît : la ville a été fondée sur la rive méridionale du détroit de Gibraltar, que les Anciens nommaient les colonnes d’Hercule. On dit qu’après avoir vaillamment accompli ses douze travaux le demi-dieu vint s’y reposer en poussant un soupir d’une intensité insoupçonnée et qui perdure sous la forme d’un fort vent d’est qui fait qu’aujourd’hui tourbillonnent encore des myriades de sacs en plastique noir de production locale, rose de Tati-Barbès, et vert du Corte Inglès de Malaga, le tout conférant au firmament azuré un coloriage d’une luxuriance sans égale. Voilà pourquoi, à Tanger, les cerfs-volants ne sont retenus par aucune ficelle. Ils sont libres comme la chute du pouvoir d’achat des coiffeurs depuis que les barbus prolifèrent comme des lapins de carême au mois de ramadan.

Je vous disais qu’Hercule a mis fin à son travail à Tanger, et depuis il n’y en a toujours pas. Le touriste qui débarque pour la première fois n’en croit pas ses yeux. Tanger est la cité de la révolution permanente si chère à Léon, mais, contre toute attente, d’apparence si peu populaire, car, à la différence des révolutionnaires français de 1789, ici c’est dans les quartiers chics de la Vieille Montagne que la bourgeoisie pratique la prise de la Bastille. Partout ailleurs, la protestation est unanime sous la forme de sit-in ininterrompus, surtout aux terrasses des cafés.

A tous les carrefours, les policiers tentent de canaliser une circulation qui rappelle les hordes d’Attila fondant sur le Danube en 453 de votre ère. Dès qu’ils s’emparent du volant, les automobilistes se souviennent moins du Code de la route que de Bakounine, évitent adroitement les nids-de-poule et parfois les piétons, et vous font savoir qu’une voiture, ce n’est pas grand-chose, tout juste un Klaxon avec un tas de ferraille autour. Mais il n’y a pas lieu de dramatiser : lorsque la maison et l’école se trouvent du même côté de la rue, les enfants n’ont rien à craindre et arriveront à maturité pourvus de tous les membres de leur corps. Quant aux piétons, ils ont de grandes chances de se retrouver au paradis si, avant de traverser une grande artère, ils s’avisent d’adresser une prière à Dieu. Voilà pourquoi il y a tant de mosquées à Tanger. Si vous demandez votre chemin à un policier, il se plie en quatre pour vous satisfaire et ne vous réclame aucun bakchich, car nos agents de la circulation sont honnêtes, doux comme des loukoums et gentils comme des toutous, au point qu’on a envie de les prendre par la main pour les aider à traverser la rue.

Quand les émigrés reviennent au mois d’août, l’économie se remet brutalement en marche. Partis le ventre creux, ils nous reviennent la tête bouillonnante de projets et les poches bourrées d’euros. Les voici de retour au pays des sauvages, eux qui viennent de l’eldorado civilisé où les hypermarchés foisonnent de yaourts de toutes les marques. Tenez, Larbi, par exemple, il est parti dans un état de dénuement somalien, et il nous revient au volant d’une fourgonnette Mercedes de quatorzième main achetée en Belgique. Il ne cesse de répéter que, là-bas, il travaille 35 heures par semaine, mais personne n’arrive à croire que la France l’a métamorphosé en bourreau de travail. Je n’insinue pas que les gens de Tanger sont paresseux, car rien n’est plus faux. Moi qui suis tangérois, je suis disposé à vous démontrer le contraire. Mais je n’en ferai rien. C’est trop fatigant.

De 1924 à 1956, Tanger a bénéficié d’un statut de ville internationale. On y parlait plusieurs langues, une vraie tour de Babel-Oued, on y côtoyait toutes sortes de nationalités et on y pratiquait la religion de son choix, qu’on soit monothéiste ou idolâtre. L’argent circulait à flots, les banques, plus nombreuses que dans tout le Maghreb, pouvaient se compter sur les doigts d’un mille-pattes.

Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé, mais l’essentiel est resté intact ; nous sommes éloignés de l’Europe d’à peine 14 kilomètres dans l’espace et d’autant de siècles dans le temps. Il faut être muni d’un visa, nouvelle étoile jaune, pour se déplacer n’importe où, sauf de la cuisine à la salle à manger.

Je ne vous quitterai pas sans vous livrer toute la vérité à propos de ce qu’on nomme ici le mythe de Tanger. Qu’en est-il au juste ? Quand les marins grecs s’approchèrent du détroit de Gibraltar, ils découvrirent l’immensité de l’océan Atlantique. Comment leurs frêles esquifs auraient-ils pu affronter un tel gouffre marin ? Alors, ils comprirent qu’ils avaient atteint l’extrémité du bassin méditerranéen. Tanger (Tingis en grec) devint à leurs yeux la fin du monde, le monde hellénique à tout le moins, le seul qui comptait alors.

Revenons aux marins de la Grèce antique. Je vous entends d’ici : le détroit de Gibraltar, soit. Mais pourquoi Tanger et pas Gibraltar ou Algésiras ou Tarifa ? Parce que Gibraltar, Algésiras et Tarifa, c’est d’une banalité à pleurer. La différence est là : Tanger, c’est Tanger, un point c’est tout

Source : Le point

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