Taxis au Maroc : vers la fin des « Grima »
Le système des agréments vit-il ses dernières heures ? Dans une analyse publiée par le Policy Center for the New South, l’économiste Ahmed Ouhnini décortique le choc frontal entre l’économie de rente traditionnelle et la vague numérique qui déferle sur le Royaume. Entre opportunités d’emplois pour la jeunesse et vide juridique persistant, le Maroc doit trancher d’urgence pour adapter son modèle avant le Mondial 2030.
L’affrontement est quotidien dans les rues de Casablanca, Rabat ou Tanger. D’un côté, le système historique de la « grima », héritage de 1963 fondé sur l’octroi d’agréments et la location de permis, souvent synonyme de rente et de précarité pour les chauffeurs. De l’autre, l’irruption des plateformes numériques qui séduisent une population urbaine connectée, avide de transparence et d’efficacité. Ce duel illustre parfaitement le paradoxe de l’« uberisation » à la marocaine : une révolution d’usage qui se heurte à un mur législatif.
À lire : Maroc : vers la fin des agréments de taxis ?
Selon le policy brief, cette transformation numérique évolue dans une « zone grise » dangereuse. Les autorités naviguent à vue, oscillant entre une tolérance tacite – car ces plateformes absorbent une partie du chômage des jeunes – et des coups de filet pour rassurer les chauffeurs de taxi traditionnels. Cette insécurité juridique freine l’investissement et maintient des milliers de travailleurs dans l’informel, sans protection sociale, alors même que le modèle répond à une demande structurelle des consommateurs.
Pour sortir de l’impasse, l’expert appelle à dépasser la simple gestion de crise sectorielle. Le Maroc ne peut plus se contenter de réguler au cas par cas. Il est impératif de lancer une mission d’information, idéalement pilotée par le CESE, pour cartographier ces nouveaux métiers et évaluer leur impact fiscal et social. L’objectif est de bâtir un cadre réglementaire multisectoriel qui harmonise les règles du jeu, protège les travailleurs et garantisse une concurrence loyale, sans étouffer l’innovation.
À lire : Taxis : le Maroc veut tourner la page du chaos
L’enjeu dépasse la simple guerre des taxis. À l’approche de la Coupe du Monde 2030, le Royaume doit impérativement moderniser ses services pour offrir une expérience aux standards internationaux. L’uberisation ne doit plus être subie comme un « mirage importé » déstabilisateur, mais encadrée pour devenir un levier de croissance inclusive, capable de faire émerger des champions nationaux du numérique plutôt que de dépendre exclusivement des géants étrangers.