Le textile marocain se fait doubler par la Turquie sur son marché le plus stratégique

- 16h00 - Maroc - Ecrit par : Farid Laamoudi

Le textile marocain recule sur son principal marché alors que plusieurs concurrents méditerranéens accélèrent. Au premier semestre 2026, les achats espagnols de vêtements marocains ont baissé de 3,6 %, tandis que ceux en provenance de Turquie ont bondi de près de 50 %.

Selon les données Eurostat Comext reprises ce 21 septembre par Kohan Textile Journal, les importations espagnoles de vêtements en provenance du Maroc se sont élevées à environ 803 millions d’euros au premier semestre 2026, contre 833 millions sur la même période de 2025.

Le contraste est particulièrement marqué avec la Turquie. Les achats espagnols de vêtements turcs sont passés dans le même temps de 593 à 887 millions d’euros, soit une hausse de 49,5 %. Sur ce semestre, la Turquie dépasse donc le Maroc sur le marché espagnol.

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D’autres concurrents progressent également, mais à partir de niveaux beaucoup plus faibles. Les importations espagnoles en provenance d’Égypte sont passées de 72,1 à 93,2 millions d’euros, tandis que celles provenant de Tunisie ont augmenté de 31,7 à 43,5 millions.

Le Maroc conserve néanmoins une place majeure dans l’approvisionnement textile de l’Espagne. Ce pays représentait encore près des deux tiers des exportations marocaines de vêtements en 2025. Les chiffres du premier semestre ne traduisent donc pas un effondrement du secteur, mais montrent que la concurrence se renforce rapidement sur son principal débouché.

Zara monte en gamme, le Maroc doit suivre

Cette évolution intervient alors que Zara et d’autres grandes enseignes européennes font évoluer leurs collections vers des produits plus sophistiqués, avec des tissus de meilleure qualité, des finitions plus poussées et des cycles de développement toujours plus courts.

Pour les fournisseurs marocains, cette évolution modifie les critères de compétitivité. La proximité avec l’Europe et la capacité à livrer rapidement restent deux avantages importants, mais elles ne suffisent plus à garantir les commandes. Inditex avait pourtant encore renforcé son approvisionnement au Maroc ces dernières années, faisant du royaume l’un de ses principaux centres de production à proximité du marché européen.

Les industriels doivent désormais être capables de fabriquer des vêtements plus complexes, avec des exigences accrues en matière de qualité, de productivité et de savoir-faire technique. Cela suppose davantage d’investissements dans les machines, l’automatisation, la conception des produits, les systèmes numériques et la formation des salariés.

Le secteur doit parallèlement faire face à des difficultés de recrutement dans plusieurs grands centres de production, notamment Casablanca et Tanger. Selon le média spécialisé, la hausse du coût du logement, des transports et de la vie quotidienne rend les emplois relativement peu rémunérés de la confection moins attractifs.

La photographie européenne est toutefois moins défavorable que celle du seul marché espagnol. Entre janvier et mai 2026, les exportations marocaines de vêtements vers l’Union européenne ont reculé de 9 % en valeur. Mais les importations européennes provenant de l’ensemble des pays tiers ont diminué encore davantage, de 11,9 %.

Résultat : la part du Maroc sur ce marché est passée de 2,6 % à 2,7 %. Les vêtements marocains affichent également une valeur moyenne élevée, à environ 25,9 euros par kilogramme. Cette résistance avait déjà été observée au début de l’année, lorsque le textile marocain avait mieux tenu que plusieurs grands fournisseurs asiatiques sur le marché européen.

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Le défi ne consiste donc pas uniquement à produire moins cher que la Turquie, l’Égypte ou les grands producteurs asiatiques. Le Maroc doit surtout conserver ce qui constitue son principal avantage : fabriquer près de l’Europe et très rapidement, tout en augmentant la valeur ajoutée et la technicité de sa production.