Le Maroc freine les produits turcs, Ankara lui en vend encore 11,7 % de plus

- 21h00 - Maroc - Ecrit par : Mohamed A.

Les ventes turques au Maroc ont progressé de 11,7 % depuis janvier, malgré les mesures prises pour protéger la production nationale. Cette nouvelle poussée relance le débat sur un accord de libre-échange toujours très favorable à Ankara.

Entre janvier et juillet 2026, la Turquie a exporté pour 2,43 milliards de dollars de marchandises vers le Maroc. La progression atteint 11,7 % par rapport à la même période de 2025, selon les données du Conseil des exportateurs turcs rapportées par l’agence Anadolu.

Le Maroc conserve ainsi sa place parmi les principaux débouchés africains de la Turquie, devant l’Égypte, qui a acheté pour un peu plus de 2,3 milliards de dollars de produits turcs sur la même période. À l’échelle du continent, les exportations d’Ankara ont atteint 13,3 milliards de dollars, en hausse de 12,6 %.

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La tendance marocaine connaît toutefois un ralentissement récent. Pour le seul mois de juillet, les ventes turques vers le Royaume ont reculé de 24,8 %, à 277,5 millions de dollars. Cette baisse ponctuelle ne suffit pas à effacer la forte progression accumulée depuis le début de l’année.

Les secteurs les plus présents dans l’offensive commerciale turque en Afrique sont l’automobile et ses équipements, la chimie, le textile, l’agroalimentaire, les machines, l’électronique, l’acier et les matériaux de construction. Le Maroc attire également un nombre croissant d’entreprises turques intéressées par ses grands chantiers, notamment ceux liés à la Coupe du monde 2030.

Un accord révisé, mais toujours déséquilibré

Cette progression intervient alors que Rabat avait déjà durci les règles de l’accord de libre-échange conclu avec Ankara. Entrée en vigueur en 2021, sa révision a permis au Maroc de placer 1 200 produits sur une liste négative et de rétablir sur certaines marchandises des droits de douane équivalant à 90 % du tarif commun.

La mesure concernait notamment le textile, l’habillement, le cuir, l’automobile, le bois, l’électricité et la métallurgie. Son objectif était de freiner l’aggravation du déficit commercial et de protéger des industries marocaines confrontées à la concurrence de produits turcs vendus à des prix très compétitifs.

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Pour les professionnels marocains du textile, le problème reste entier. L’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement estime que l’accord continue de fragiliser la production locale. Elle réclame des contrôles renforcés sur l’origine des produits, les quantités importées et les matières premières, ainsi qu’un cadre commercial plus équilibré.

Le montant de 2,43 milliards de dollars correspond uniquement aux exportations déclarées par la Turquie vers le Maroc. Il ne permet donc pas, à lui seul, de calculer le déficit bilatéral actuel, faute de disposer dans la même série des ventes marocaines à la Turquie. Il confirme néanmoins que la révision de l’accord de libre-échange n’a pas stoppé la progression des marchandises turques sur le marché marocain.

Ankara compte désormais aller plus loin. Les responsables économiques turcs veulent transformer certains pays africains en bases de production et de distribution, en profitant des liaisons aériennes, des routes maritimes et de la zone de libre-échange continentale africaine. Pour le Maroc, l’enjeu sera de ne pas rester un simple marché de consommation, mais d’obtenir davantage d’investissements industriels, de production locale et d’accès réel au marché turc.