Ils ont trouvé leur avenir en Europe, Ceuta les renvoie brutalement au Maroc

- 06h00 - Monde - Ecrit par : L.A

Installés aux Pays-Bas, des Marocains regardent la crise de Ceuta avec un malaise particulier. Leurs familles ont autrefois quitté le Maroc pour construire leur avenir en Europe. Voir aujourd’hui des jeunes risquer leur vie pour suivre la même direction agit comme un miroir brutal.

Ce sentiment vient de refaire surface aux Pays-Bas. Dans une chronique publiée vendredi, Parlement.com revient sur les réactions de Marocains néerlandais à l’afflux massif vers Ceuta et sur les émotions contradictoires provoquées par les images de jeunes quittant le Maroc pour tenter d’entrer en Europe.

La metteuse en scène Hajar Fargan parle ainsi d’un « miroir douloureux ». Européenne, elle reconnaît bénéficier de ce que l’Europe offre et considère en même temps que cette Europe est devenue une forteresse dont les frontières empêchent d’autres personnes d’entrer. Mais les Pays-Bas et l’Europe restent son foyer, le lieu où vivent ses proches et où s’est construite son histoire.

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Ce paradoxe est particulièrement fort pour les nouvelles générations. Beaucoup sont nées ou ont grandi aux Pays-Bas, y travaillent et y ont construit leur vie, tout en conservant un lien avec le Maroc. Une situation qui explique pourquoi les jeunes Marocains d’Europe ne vivent déjà plus le Maroc comme leurs parents, sans pour autant rompre avec le pays de leurs origines.

Ceuta inverse l’histoire migratoire

Les images venues de Ceuta produisent alors un étrange renversement. Les parents ou grands-parents de nombreux Marocains des Pays-Bas avaient quitté le Royaume pour chercher du travail et un avenir en Europe. Plusieurs décennies plus tard, leurs descendants vivent de l’autre côté de cette frontière, tandis que de nouveaux jeunes Marocains tentent à leur tour de la franchir.

Cette contradiction intervient alors que certains Marocains nés aux Pays-Bas disent encore être régulièrement renvoyés à leurs origines marocaines. Ceuta les place cette fois dans une position inverse : ils peuvent se sentir profondément concernés par ce qui se passe au Maroc tout en regardant la crise depuis une Europe qui est devenue leur propre maison.

La chronique pousse le constat jusqu’à la politique néerlandaise. La Chambre compte actuellement 18 députés qui sont eux-mêmes nés à l’étranger ou dont au moins un parent l’est, principalement avec des origines marocaines, turques et surinamaises. L’auteure relève pourtant que cette tension intérieure, très visible dans les témoignages de Marocains néerlandais, s’est peu exprimée dans les réactions politiques à Ceuta.

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Pour une partie de la diaspora marocaine, Ceuta raconte donc autre chose qu’une crise migratoire à la frontière entre le Maroc et l’Espagne. Les jeunes qui regardent vers l’Europe empruntent, avec d’autres moyens et dans des conditions autrement plus dangereuses, une direction familière à leur histoire familiale. Ceux qui ont trouvé leur avenir en Europe découvrent ainsi à Ceuta le reflet de ceux qui cherchent encore à y entrer.