Tunnel Maroc-Espagne : le projet attaqué en justice
Le mégaprojet de liaison fixe à travers le détroit de Gibraltar se heurte à un nouvel obstacle, cette fois-ci judiciaire. Les sociétés d’ingénierie privées espagnoles ont déclaré la guerre au gouvernement, contestant l’attribution « opaque » des contrats d’études à l’entreprise publique Ineco. Un recours a été déposé pour bloquer le processus.
C’est une bataille de gros sous et d’influence qui se joue en coulisses, avec le tunnel Maroc-Espagne en toile de fond. La Fédération des associations d’entreprises d’ingénierie d’Espagne (CÍES) a décidé de porter l’affaire devant les tribunaux. Mercredi 7 janvier, elle a déposé un recours contentieux-administratif contre la Société espagnole d’études (Secegsa), organisme relevant du ministère des Transports.
L’objet de la colère ? Un contrat de près d’un million d’euros (961 939 €) attribué de gré à gré, sans appel d’offres, à Ineco, une autre entité publique. Ce marché vise à mettre à jour l’avant-projet du tunnel ferroviaire qui doit relier Tanger à Punta Paloma.
« Concurrence déloyale » et abus de position dominante
Pour le secteur privé espagnol, la coupe est pleine. Les ingénieurs accusent l’État de verrouiller le marché en favorisant systématiquement sa propre filiale, Ineco, sous prétexte d’urgence ou de sécurité, des justifications jugées infondées par les plaignants, fait savoir El Economista.
L’objectif de CÍES est clair : obtenir la suspension immédiate du contrat et forcer Secegsa à lancer un appel d’offres ouvert. « Il existe en Espagne des spécialistes des travaux souterrains jouissant d’une grande reconnaissance internationale », plaide l’organisation, qui dénonce une forme de concurrence déloyale financée par les fonds européens Next Generation. Ils pointent également du doigt le fait qu’Ineco, une fois le contrat empoché, finit souvent par sous-traiter les tâches… au secteur privé.
Un projet à 8,5 milliards d’euros dans la balance
Cette guérilla juridique pourrait ralentir les études techniques de ce chantier titanesque, dont le coût est estimé à au moins 8,5 milliards d’euros. Les travaux contestés concernent des étapes cruciales : l’étude de la galerie de reconnaissance et l’adaptation du projet préliminaire.
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Les ingénieurs privés ne comptent pas s’arrêter là. Après avoir saisi le tribunal de Madrid, ils préparent une plainte auprès de la Commission européenne pour dénoncer ces pratiques comme de potentielles aides d’État illégales. Le tunnel sous le détroit, vieux rêve des deux rives, se retrouve désormais otage d’un bras de fer corporatiste à Madrid.