Dinosaures, fossiles, déserts : 42 trésors du Moyen Atlas menacés par le pillage

- 13h00 - Maroc - Ecrit par : Said A.

Des chercheurs marocains ont recensé 42 sites géologiques remarquables entre Boulemane et Missour. Fossiles de dinosaures, paysages désertiques et formations exceptionnelles composent ce patrimoine encore peu valorisé, mais déjà exposé au pillage, à la dégradation et au manque de protection.

Le territoire étudié s’étend du Moyen Atlas central à la plaine de la moyenne Moulouya. Cette région de Boulemane-Missour concentre un patrimoine paléontologique, minéralogique, hydrologique et géomorphologique d’une grande diversité.

Une équipe de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès en a réalisé un inventaire détaillé. Son étude publiée le 25 août 2026 dans la revue Geoheritage identifie 42 sites présentant un intérêt géologique ou lié aux formes du relief.

Les chercheurs ont ensuite évalué ces lieux selon leur importance scientifique, éducative et touristique. Quinze sites géologiques et six sites géomorphologiques, soit 21 lieux au total, ont été retenus comme possédant la valeur patrimoniale la plus forte.

Parmi eux figure le site paléontologique où a été découvert Spicomellus afer. Cet ankylosaure vieux de 165 millions d’années possédait des pointes et des plaques osseuses différentes de tout ce qui avait été observé chez un autre vertébré.

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Les restes retrouvés près de Boulemane ont permis aux scientifiques de mieux comprendre ce dinosaure marocain à l’armure totalement hors norme. La découverte avait acquis une dimension mondiale, mais elle avait aussi révélé la fragilité du patrimoine local : l’un des premiers os étudiés avait été acheté auprès d’un marchand de fossiles à Cambridge.

L’inventaire ne se limite pas aux dinosaures. Il comprend également des paysages désertiques distinctifs, des reliefs remarquables, des formations rocheuses et des sites permettant de retracer une partie de l’histoire ancienne de la Terre.

Des richesses qui quittent clandestinement le Maroc

Ces ressources sont non renouvelables. Lorsqu’un fossile est retiré sans documentation scientifique ou qu’un site est dégradé, une partie des informations qu’il renferme peut disparaître définitivement.

Les auteurs identifient plusieurs menaces : éloignement géographique, manque de recherches approfondies, dégradation des sites et pillage. L’insuffisance des infrastructures touristiques empêche également de transformer ce patrimoine en activité durable pour les populations locales.

Dans une précédente étude consacrée spécifiquement au pillage à Boulemane, plusieurs membres de la même équipe expliquaient que la réputation paléontologique de la région avait attiré les scientifiques, mais aussi favorisé le commerce clandestin et l’exportation illégale de fossiles.

Le Maroc a renforcé son dispositif avec les lois 33-13, adoptée en 2016, et 33-22 en 2025. Selon les chercheurs, leur application reste cependant limitée. L’absence historique d’un cadre suffisamment robuste a permis à un marché noir de se développer autour de pièces pouvant présenter une valeur scientifique considérable.

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Le phénomène dépasse largement Boulemane. Le commerce des fossiles marocains alimente un marché international, notamment en Europe, en Chine et aux États-Unis. Des os de dinosaures, des dents, des ammonites ou des trilobites quittent encore le pays, parfois dissimulés dans des bagages.

Pour les chercheurs, la protection ne doit toutefois pas se limiter à interdire les prélèvements. Les sites les plus importants pourraient servir à créer des itinéraires éducatifs et géotouristiques, avec une fréquentation adaptée à leur fragilité.

L’étude évalue ainsi la capacité d’accueil touristique des 21 lieux jugés les plus précieux. L’objectif consiste à permettre leur découverte sans provoquer l’érosion, la destruction des formations ou la disparition des fossiles qui font leur valeur.

La région possède déjà suffisamment de découvertes pour attirer un public international. Des restes d’une nouvelle espèce de dinosaure herbivore ont notamment été mis au jour dans le Moyen Atlas, tandis que d’autres fossiles continuent d’éclairer l’histoire du Maroc plusieurs millions d’années avant l’apparition de l’être humain.

Avec ses 42 sites désormais répertoriés, Boulemane-Missour dispose d’une première carte de ses richesses géologiques. Reste à les protéger avant que le pillage et la dégradation ne transforment cet inventaire en catalogue de trésors disparus.