Ahmed Zaki : victime de la double peine

- 15h02 - France - Ecrit par :

Tombé sous le coup de la loi de la double peine, Ahmed Zaki ne peut rejoindre sa femme et ses deux enfants restés en France.

Quand en 1970 Ahmed part en France, il n’a encore que 12 ans. Son père y travaille déjà depuis de nombreuses années et c’est dans le cadre du regroupement familial qu’il part le rejoindre en compagnie de sa mère et de ses frères et sœurs. Dès son arrivée à Rosières où son père est installé, il rejoint l’école qu’il quitte deux années plus tard pour s’inscrire dans un centre de formation où il apprend le métier de boulanger. En 1982, la famille déménage à Bourges et à partir de ce moment, Ahmed se contente de petits boulots comme aide-boulanger ou peintre en bâtiment. Le premier drame surviendra quelques années plus tard, en 1989, lorsque son père décède, qui sera suivi par un second drame, au moment où Ahmed bascule dans la délinquance. « Mon père était très sévère avec nous. Il nous battait et tout le monde avait une peur bleue de lui. Après sa mort, j’ai libéré tout ce que j’avais en moi mais, malheureusement, c’est parti du mauvais côté ». Ahmed a toujours vécu dans des quartiers dits « difficiles ». Une fois libéré de l’emprise du père, seule une cage d’escalier le sépare de la rue et des fréquentations de la cité. Drogue, petits larcins, Ahmed devient vite un petit loubard et une première condamnation de six mois de prison ne suffira pas à l’assagir. Il se mariera une première fois puis une deuxième et sera papa de deux enfants. C’est en 1999 qu’il tombe pour de bon. « Trois ans de prison ferme pour vol de scooters et consommation de cocaïne. Je suis resté en prison 32 mois et pendant tout ce temps, j’ai été considéré comme un prisonnier exemplaire ». En 2002, Ahmed est libéré, mais comme il a été condamné à la double peine (prison suivie d’une expulsion), il sera mis dans un avion le jour même de sa libération. A Casablanca, où il atterrit, il ne connaît personne. Le Maroc n’est qu’un vague souvenir d’enfance et Ahmed ne parle que français. Pendant de longs mois, il errera dans la ville et dormira dans un bidonville. Pour survivre, il n’hésite pas à aborder les ressortissants marocains qui vivent à l’étranger à qui il raconte son histoire. Si ces derniers y sont sensibles, ils lui donnent un peu d’argent, dont une grande partie sera vite engloutie par les cabines téléphoiques. « J’appelle souvent mes enfants et ma femme qui est gravement malade. Mes deux enfants, âgés de 12 et 14 ans, sont suivis par un psychologue et lorsque je les appelle, ils me demandent toujours quand je reviendrai ». En novembre 2003, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, réussira à faire abolir la loi de la double peine et le dossier d’Ahmed est rouvert. Seulement, rien ne vient encore et Ahmed frappera à toutes les portes dans l’espoir que quelqu’un pourrait l’aider à rejoindre ses enfants. « A l’AMDH, on m’a dit qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi, j’ai écrit au ministère de la Justice, mais aucune réponse. J’ai attendu des heures et des heures en bas du bureau de Madame Nezha Chekrouni, la ministre chargée des Marocains résidant à l’étranger. A deux reprises, elle m’a promis de me recevoir, mais sans résultat. J’ai même écrit à Sa Majesté ». Ahmed est au Maroc depuis deux ans maintenant et seule la Fondation Hassan II a pu l’aider en lui « prêtant » une petite pièce au centre d’accueil de Kénitra pour les Marocains résidant à l’étranger. « Au Maroc, j’ai mûri et c’est ici que j’ai pris conscience des erreurs que j’ai commises. Malheureusement, je ne peux pas y rester car ma mère, mes frères, mes sœurs, mes deux enfants et ma femme malade sont là-bas et je ferai tout pour les rejoindre. Tout ce que je demande, c’est qu’un des responsables ici se penche sur mon cas ».

Yassine zizi - Le Journal Hebdo

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