Airbnb vide les villes marocaines : les habitants chassés par la location touristique
C’est le parcours du combattant pour les étudiants, les jeunes mariés et les fonctionnaires. Trouver un logement décent à un prix abordable dans les grandes métropoles marocaines relève désormais du défi. Entre l’explosion des locations Airbnb et la paranoïa des propriétaires, le marché est grippé.
La crise est là, et elle se fait sentir dans les portefeuilles. Que ce soit à Rabat, Salé ou Marrakech, l’offre de logements locatifs longue durée s’effondre face à une demande galopante. Selon les professionnels du secteur, ce déséquilibre n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence de plusieurs facteurs qui s’accumulent.
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À Salé, ville dortoir par excellence pour la capitale, le constat est amer. Un agent immobilier interrogé par Hespress, pointe du doigt un paradoxe : des immeubles entiers sont prêts à l’emploi mais restent désespérément fermés. Deux raisons majeures expliquent ce gâchis : les éternels conflits d’héritage qui gèlent les biens, mais surtout la peur viscérale des propriétaires. Craignant les mauvais payeurs et les procédures judiciaires interminables pour récupérer leur bien, de nombreux propriétaires préfèrent laisser leur appartement vide plutôt que de prendre le risque de louer. S’ajoute à cela la volonté d’échapper au fisc pour ceux qui refusent de déclarer leurs revenus locatifs.
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À Marrakech, la situation est encore plus tendue. La ville ocre subit de plein fouet l’effet pervers de son succès touristique. Un gestionnaire d’agence parle d’une « crise silencieuse ». Les propriétaires délaissent la location mensuelle classique pour se ruer sur la rentabilité immédiate des plateformes comme Airbnb. Résultat : le stock d’appartements pour les habitants se réduit comme peau de chagrin, et les prix flambent. Cette tension est aggravée par les séquelles du séisme d’Al-Haouz, qui a poussé de nombreux sinistrés vers la ville, et par la pression immobilière croissante à l’approche des grands événements sportifs que le Maroc s’apprête à accueillir, dont la Coupe du Monde.
Face à cette « crise de l’offre », le gouvernement tente de réagir. Adib Benbrahim, secrétaire d’État chargé du logement, a promis des études pour encourager le secteur privé à investir spécifiquement dans le locatif. Mais pour les citoyens qui cherchent un toit aujourd’hui, l’urgence est bien réelle.