Logement au Maroc : Le paradoxe fou d’une pénurie au milieu de millions de maisons vides

- 16h00 - Maroc - Ecrit par : Bladi.net

Avec près de 30 % du parc urbain inoccupé ou utilisé comme résidence secondaire, le Maroc fait face à une fracture structurelle majeure. Malgré un déficit persistant de 330 000 logements, l’offre actuelle peine à rencontrer la solvabilité réelle des ménages, piégée par des stratégies d’investissement patrimonial et un cadre réglementaire jugé dissuasif pour la location.

Le marché immobilier national traverse une crise de paradoxe où l’abondance de briques ne résout pas la pénurie de toits. Selon les données du Haut-Commissariat au Plan, cité par Chellenge, le pays compte environ 2,4 millions de logements vacants ou secondaires, un chiffre qui souligne l’échec de la production actuelle à s’aligner sur le pouvoir d’achat des citoyens. Pour Nawfal Bellakhdar, co-fondateur d’Akare.ma, cette situation résulte d’un ciblage historique des promoteurs vers deux extrêmes : le logement social, dopé par les avantages fiscaux, et le haut standing destiné à une élite financière. Entre ces deux pôles, le segment du « moyen standing » reste le grand oublié, laissant de nombreux ménages dans l’incapacité de concrétiser leurs projets d’acquisition.

À lire : Maroc : ces logements désertés par les MRE

Cette déconnexion est accentuée par la fonction même de l’immobilier, perçu comme l’investissement le plus sûr pour les ménages. En vingt ans, le nombre de résidences secondaires a explosé, passant de 200 000 à près de 1,3 million d’unités. La pierre demeure la valeur refuge par excellence, captant l’essentiel de l’épargne au détriment d’une mise sur le marché locatif. Dans de nombreux cas, des logements acquis initialement sous le régime du logement économique finissent par devenir des actifs dormants dès que la situation financière des propriétaires s’améliore, ces derniers préférant conserver leur bien hors du circuit commercial plutôt que de le louer.

À lire : Appartements fantômes au Maroc : quand les MRE désertent leurs biens

Le verrou principal de cette vacance immobilière réside toutefois dans un cadre juridique perçu comme déséquilibré. De nombreux propriétaires, échaudés par des expériences locatives difficiles, choisissent de laisser leurs biens fermés à clé par crainte de ne pas pouvoir récupérer leur capital ou de faire face à des locataires défaillants protégés par une loi jugée trop unilatérale. Ce comportement défensif retire du marché un stock considérable de logements, particulièrement dans les grandes métropoles comme Casablanca ou Tanger, où la pression sur les prix de la seconde main rend l’accès à la propriété quasi impossible pour les primo-accédants.

Pour débloquer cette situation systémique, les experts préconisent une refonte globale de l’approche immobilière au Maroc. Il devient impératif d’encourager la production dans les zones urbaines dotées d’équipements et de transports, tout en réformant la législation sur le bail pour restaurer la confiance des bailleurs. L’enjeu est de transformer ces millions de mètres carrés inutilisés en une offre locative ou accessible, afin que la construction immobilière retrouve enfin sa fonction sociale première : loger les familles marocaines en tenant compte de leur réalité économique.

  • Immobilier : La peur des impayés laisse 2,4 millions de logements vides au Maroc

    C'est un paradoxe qui mine le secteur de l'habitat au Maroc. Alors que la demande locative explose, une part colossale du parc immobilier reste désespérément vide. En cause : une crise de confiance aiguë entre propriétaires et locataires. Effrayés par les impayés et une justice jugée trop lente, de nombreux bailleurs préfèrent laisser leurs biens fermés plutôt que de risquer le cauchemar judiciaire.

  • Immobilier au Maroc : 2,4 millions de logements vides, le “gaspillage” urbain qui nargue la crise du logement

    Trois logements urbains sur dix restent inoccupés au Maroc. Ce volume record de 2,4 millions d'unités vides ou secondaires contraste violemment avec la réalité de 372 000 foyers contraints de cohabiter, révélant une distorsion majeure du marché immobilier en 2024.

  • Logement : le gouvernement marocain veut réguler Airbnb et réduire les loyers de 20 %

    Face à la flambée des prix de l'immobilier, le gouvernement marocain prépare une offensive législative pour encadrer les locations de courte durée et faciliter l'accès à la propriété pour la classe moyenne. S'exprimant devant la Chambre des représentants, le secrétaire d'État chargé de l'Habitat, Adib Benbrahim, a pointé du doigt les déséquilibres créés par les plateformes numériques de type Airbnb.

  • Airbnb vide les villes marocaines : les habitants chassés par la location touristique

    C'est le parcours du combattant pour les étudiants, les jeunes mariés et les fonctionnaires. Trouver un logement décent à un prix abordable dans les grandes métropoles marocaines relève désormais du défi. Entre l'explosion des locations Airbnb et la paranoïa des propriétaires, le marché est grippé.

  • Immobilier au Maroc : vers une baisse de 20 % du prix des loyers ?

    Le programme « Villes sans bidonvilles » a bénéficié à plus de 382 000 familles au 31 décembre 2025, marquant une étape majeure dans la résorption de l'habitat insalubre. Parallèlement, le gouvernement prépare de nouvelles mesures pour freiner l'escalade des loyers dans les grandes agglomérations.

  • Immobilier au Maroc : vers une baisse de 20 % du prix des loyers ?

    Le programme « Villes sans bidonvilles » a bénéficié à plus de 382 000 familles au 31 décembre 2025, marquant une étape majeure dans la résorption de l'habitat insalubre. Parallèlement, le gouvernement prépare de nouvelles mesures pour freiner l'escalade des loyers dans les grandes agglomérations.

  • Immobilier au Maroc : l'astuce légale pour économiser jusqu'à 60 % sur votre achat

    Face à l'envolée des prix du foncier et à la crise du logement abordable, un ancien modèle coopératif revient au premier plan. Les amicales immobilières redeviennent la seule voie d'accès à la propriété pour des milliers de ménages, mais leur potentiel reste menacé par l'absence d'un cadre juridique adapté.

  • De plus en plus difficiles pour les Marocains d'acheter un logement

    Le logement est un droit constitutionnel, mais il devient un luxe inaccessible pour de nombreux Marocains. Face à une flambée des prix qualifiée de record et à l'érosion du pouvoir d'achat, la députée Loubna Sghiri a interpellé la ministre de l'Habitat, pointant l'échec des politiques actuelles et l'urgence de réguler un marché livré à la spéculation.

  • Huile d'olive au Maroc : Récolte record, mais personne pour ramasser

    Malgré une production exceptionnelle dépassant les deux millions de tonnes pour la campagne 2025-2026, la filière oléicole marocaine fait face à un paradoxe majeur. Si l'abondance a permis de ramener le prix du litre aux alentours de 70 dirhams, la pénurie aiguë de bras et l'explosion des coûts de récolte menacent la rentabilité des exploitations et le rythme de transformation.

  • Maroc : ces logements de MRE qui restent vides !

    Les statistiques officielles révèlent une situation immobilière particulière dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Environ 334 000 logements y demeurent vides, ce qui représente 15,6 % du nombre total d'appartements inoccupés à l'échelle nationale. Une partie significative de ces biens appartient aux Marocains résidant à l'étranger.