Huile d’olive au Maroc : Récolte record, mais personne pour ramasser

- 19h00 - Maroc - Ecrit par : Bladi.net

Malgré une production exceptionnelle dépassant les deux millions de tonnes pour la campagne 2025-2026, la filière oléicole marocaine fait face à un paradoxe majeur. Si l’abondance a permis de ramener le prix du litre aux alentours de 70 dirhams, la pénurie aiguë de bras et l’explosion des coûts de récolte menacent la rentabilité des exploitations et le rythme de transformation.

Le bond de 111 % de la production nationale cette saison aurait dû marquer un retour à la normale après deux années de sécheresse et de prix records. Cependant, sur le terrain, les agriculteurs peinent à mobiliser les travailleurs journaliers nécessaires pour ramasser les fruits à temps. Dans des régions comme Taounate, les salaires quotidiens ont bondi, passant de 150 dirhams à près de 400 dirhams dans certains cas, auxquels s’ajoutent les frais de logement et de restauration. Cette pression sur la main-d’œuvre est accentuée par un calendrier de récolte raccourci par les intempéries hivernales et par la concurrence d’autres secteurs, notamment les grands chantiers d’infrastructures liés à la CAN 2025 et au Mondial 2030, qui captent une partie importante des ouvriers ruraux.

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L’impact financier pour les producteurs est direct et préoccupant. Alors que l’olive se négocie entre 4 et 6 dirhams le kilo, le coût du ramassage peut représenter jusqu’à 50 % du chiffre d’affaires de l’agriculteur. Dans certaines zones, la pratique de la récolte « à moitié », où l’ouvrier conserve la moitié de la production en guise de rémunération, se généralise faute d’alternatives. Cette situation érode l’avantage compétitif historique du Maroc, basé sur une main-d’œuvre accessible, et rapproche le modèle agricole national des problématiques européennes où le coût du travail impose une mécanisation accélérée.

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Pour l’interprofession, représentée par Rachid Benali, cité par Le Matin, le problème est structurel et dépasse la simple conjoncture climatique. L’exode rural massif vers les villes, stimulé par les chantiers de construction nationaux, a durablement modifié le marché du travail agricole. Si les olives ne sont pas récoltées dans les fenêtres de tir optimales, une partie de la production risque de se détériorer sur l’arbre, ce qui pourrait limiter la baisse des prix espérée par les consommateurs à moyen terme. Des discussions sont en cours avec les autorités de l’emploi pour tenter de structurer ce marché, mais la filière doit désormais apprendre à produire plus avec des ressources humaines de plus en plus rares et onéreuses.

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