Tomates : pourquoi le Maroc est en train de gagner la guerre des prix face à l’Espagne
L’annonce de la hausse spectaculaire des importations de tomates marocaines en Espagne coïncide avec une période charnière pour les accords commerciaux liant l’Union européenne au Royaume. Ce bond de près de 70 % enregistré au début de l’année 2025 ne laisse personne indifférent, surtout pas les agriculteurs espagnols qui voient la concurrence du voisin du sud transformer radicalement le marché européen.
Ce regain d’activité commerciale s’est intensifié en plein cœur des négociations visant à inclure les produits du Sahara dans les accords préférentiels avec l’UE, fait remaquer El Debate. Malgré les débats juridiques récents, l’Europe a choisi de faciliter l’entrée des tomates et des melons issus de cette région, une décision qui inquiète les producteurs espagnols. Ces derniers ne s’opposent pas au libre-échange, mais dénoncent des règles de jeu inégales : les coûts de main-d’œuvre marocains sont nettement plus bas et les normes sur les produits phytosanitaires moins contraignantes qu’en Europe.
À lire : Des agriculteurs marocains détruisent leurs récoltes de légumes
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre janvier et octobre 2025, l’Espagne a importé plus de 65 000 tonnes de tomates du Maroc, soit une augmentation de plus de 54 % par rapport à l’année précédente. Ce basculement a permis au Maroc de dépasser l’Espagne en tant que deuxième fournisseur de tomates pour l’ensemble de l’Union européenne. La tomate cerise est l’exemple le plus frappant de cette domination : comme elle nécessite une récolte manuelle minutieuse, l’avantage économique du Maroc est massif face à une production européenne de plus en plus coûteuse à maintenir.
À lire : Des tomates marocaines interdites en Europe
Pendant que les ventes espagnoles reculent de plus de 35 % par rapport à leurs records historiques, le Maroc continue de gagner du terrain. L’Union européenne accompagne d’ailleurs ce développement en finançant des infrastructures stratégiques au sud du Royaume. Ces investissements visent à soutenir la création de 5 000 hectares de serres, ainsi que des usines de dessalement d’eau et des parcs éoliens autour de Dakhla. Ce soutien européen à la modernisation agricole marocaine confirme que la tomate est devenue un enjeu diplomatique et économique majeur dans les relations entre les deux rives de la Méditerranée.