Alerte en Espagne : la « Mocro Maffia » ne se cache plus et installe ses bases
Ce n’est plus seulement une base arrière pour blanchir de l’argent au soleil. La redoutable « Mocro Maffia » est en train de muter en Espagne, transformant la Costa del Sol et le sud du pays en véritable plateforme logistique pour le trafic de drogue et le crime organisé. Entre failles judiciaires et violence décomplexée, les autorités tirent la sonnette d’alarme.
Le démantèlement, le 17 décembre dernier, d’un réseau utilisant une compagnie de bus d’Almería pour remonter du haschich vers la Belgique est la preuve flagrante de ce changement de stratégie, alerte El Debate. La « Mocro Maffia » ne se contente plus de transiter ; elle s’installe. Selon des experts policiers, l’organisation a cessé d’utiliser l’Espagne uniquement comme une zone de repos pour ses chefs ou un paradis pour le blanchiment immobilier. Désormais, elle y implante des entreprises de façade et des infrastructures logistiques pour faciliter l’acheminement de la drogue depuis le Maroc vers l’Europe du Nord.
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La force de cette mafia réside dans son organisation nébuleuse. Pas de parrain unique, mais une multitude de cellules fonctionnant comme des “franchises”. Cela rend le travail de la Garde Civile et de la Police Nationale particulièrement ardu : lorsqu’un groupe est arrêté, il est difficile de le relier à la structure globale. Pourtant, la violence, elle, est bien visible. Le “sicariat” (assassinat sur commande) s’est exporté sur le sol espagnol. Règlements de comptes entre narcos, mais aussi contrats externes – comme la tentative d’assassinat de l’homme politique Alejo Vidal-Quadras à Madrid – témoignent de la dangerosité de ces groupes. Récemment encore, trois individus ayant ouvert le feu en Belgique ont été interceptés à Algésiras alors qu’ils tentaient de fuir vers le Maroc.
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Face à cette montée en puissance, la réponse judiciaire espagnole montre parfois des signes de faiblesse inquiétants. Le cas de Karim Bouyakhrichan, l’un des leaders de l’organisation, reste en travers de la gorge des services de police. Arrêté puis relâché en avril 2024 suite à une erreur de procédure et une décision controversée d’un tribunal de Malaga, il a profité de sa liberté provisoire pour s’évaporer dans la nature, alors que les Pays-Bas réclamaient son extradition. Un scénario qui fait écho aux avertissements venus de Belgique, où une procureure alertait récemment sur le risque de voir le pays devenir un « narco-État ». L’Espagne, avec sa proximité géographique immédiate avec le Maroc et ses « autoroutes du haschich » désormais jalonnées de relais logistiques mafieux, semble être le nouveau terrain de conquête de ces réseaux criminels.