L’Algérie vise le zellige, le Maroc contre-attaque

- 19h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

Après le caftan, le zellige devient à son tour un front de bataille entre le Maroc et l’Algérie. Rabat prépare une riposte à l’Unesco pour défendre un art porté depuis des siècles par les maalems marocains et toute une filière artisanale.

Le Maroc ne veut pas laisser le zellige suivre le même chemin que d’autres symboles de son patrimoine contestés par l’Algérie. Après la bataille autour du caftan et l’affaire des maillots Adidas de la sélection algérienne, Rabat se mobilise pour défendre ce savoir-faire marocain devant l’Unesco.

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La tension est née de la candidature algérienne visant à faire inscrire « l’art d’ornementation architectonique en zellidje » au patrimoine immatériel de l’humanité. Pour le Maroc, cette démarche ressemble à une nouvelle tentative d’appropriation d’un art profondément lié à son histoire, à ses villes anciennes et à ses artisans.

Dans un reportage consacré à cette bataille patrimoniale, Le Figaro rappelle que le sujet a provoqué un électrochoc à Rabat, où les autorités préparent désormais leur propre dossier pour faire reconnaître le zellige marocain.

Le précédent Adidas reste dans toutes les mémoires. En 2022, le Maroc avait protesté contre des maillots algériens inspirés de motifs de zellige, y voyant déjà une appropriation culturelle. La polémique avait poussé Rabat à envoyer une mise en demeure à la marque, avant qu’un accord ne soit trouvé.

Rabat prépare son dossier

Le Maroc espère désormais présenter son dossier à l’Unesco en 2027. L’objectif est clair : faire reconnaître le zellige comme un patrimoine marocain vivant, transmis par des générations de maalems et encore présent dans les mosquées, les palais, les médinas, les fontaines et les maisons traditionnelles du royaume.

Fès, Tétouan et Marrakech occupent une place centrale dans cette filière. Ces régions fournissent l’argile, les artisans et les savoir-faire qui permettent encore aujourd’hui de produire ces mosaïques selon des gestes anciens. À Fès, les maalems dessinent, taillent et assemblent les fragments à la main, dans un travail lent et précis.

Le zellige n’est pas seulement un décor. Il représente une esthétique marocaine, une économie et une transmission. Le secteur compte plusieurs milliers d’artisans spécialisés et travaille aussi pour des mosquées du Golfe, des demeures privées à l’étranger et des boutiques de luxe en Europe. Pour la seule ville de Fès, les exportations liées à cette filière atteindraient 256 millions de dirhams.

Face à la candidature algérienne, le Maroc a accéléré sa réponse. Labels, inventaires régionaux, formations, protection du patrimoine immatériel : les ministères de la Culture et de l’Artisanat cherchent à verrouiller juridiquement et culturellement un savoir-faire que le royaume considère comme l’un de ses marqueurs les plus forts.

Le dossier dépasse donc la simple querelle décorative. Pour Rabat, il s’agit d’empêcher qu’un patrimoine marocain soit revendiqué ailleurs, alors même que les artisans marocains continuent de le produire, de le restaurer et de le faire rayonner dans le monde.

Sur Bladi.net : Zellige : le Maroc contre-attaque à l’Unesco face à l’Algérie

Après le caftan, le zellige ouvre ainsi une nouvelle bataille culturelle entre le Maroc et l’Algérie. Cette fois, Rabat veut arriver armé : avec des archives, des artisans, une filière organisée et une candidature capable de rappeler que le zellige marocain n’est pas un emprunt, mais un héritage.