Avant l’arrivée de milliers de Marocains en Belgique, il y eut une catastrophe de 262 morts
Le 8 août 1956, une catastrophe minière tue 262 hommes en Belgique, dont 136 Italiens. L’Italie suspend l’envoi de mineurs. La Belgique se tourne vers d’autres pays, dont le Maroc, avec lequel elle conclura un accord de recrutement en 1964.
Ce matin-là, un incendie ravage le charbonnage du Bois du Cazier, à Marcinelle, près de Charleroi. Parmi les victimes figurent 136 ouvriers italiens et 95 Belges. Le drame bouleverse une industrie déjà confrontée à une pénurie de main-d’œuvre.
L’Italie, qui fournissait depuis 1946 des milliers de travailleurs aux mines belges, suspend leur départ. Les employeurs cherchent de nouvelles recrues en Espagne, en Grèce et au Maroc. Des Marocains travaillent déjà dans les charbonnages avant l’accord officiel de février 1964, rappelle The Brussels Times dans une analyse publiée le 26 octobre.
Sur Bladi.net : Des rues bruxelloises au nom de l’immigration marocaine ?
Les recruteurs sillonnent notamment le Rif et d’autres régions marocaines. Pour les nouveaux venus, les contrats miniers durent souvent un an, renouvelable une seule fois. Les journées sont éprouvantes, les baraquements exigus et les perspectives de formation limitées.
Des mineurs pour les usines, des jeunes pour les retraites
À l’enjeu industriel s’ajoute une inquiétude démographique. En 1963, une étude menée par le démographe Alfred Sauvy pour le Conseil économique wallon alerte sur le vieillissement de la population. L’arrivée de jeunes travailleurs doit aussi soutenir l’activité économique, la sécurité sociale et les retraites.
En février 1964, Bruxelles et Rabat officialisent le recrutement. Le mouvement dépasse rapidement les mines : les entreprises de métallurgie, de construction et d’agroalimentaire emploient à leur tour des Marocains. Les épouses et les enfants rejoignent progressivement les premiers arrivants.
La crise pétrolière de 1973 précipite la fin de cette phase de recrutement. Les familles installées restent et leurs enfants grandissent en Belgique, où l’accès aux droits et la lutte contre les discriminations deviennent de nouveaux combats.
Sur Bladi.net : Les Marocains de Belgique ne sont plus seulement des étrangers
Au 1er janvier 2025, 75 % des résidents dont la première nationalité enregistrée était marocaine avaient acquis la nationalité belge, selon les données de Myria. Une évolution bien éloignée des contrats temporaires proposés aux premiers mineurs.