Attentats à Casablanca : Le Pouvoir a passé un accord avec les islamistes

- 00h32 - Maroc - Ecrit par :

Les attentats les plus spectaculaires de l’histoire du Maroc ont fait 41 morts au moins. La pression islamiste sur la vie quotidienne des Marocains était devenue très sensible depuis deux ans. Manifestations contre le plan d’intégration de la femme, demande de censure de films, de poésie et agitation autour des missions culturelles étrangères.

En juillet 2002, comme nous l’avons dit à votre journal, le premier assassinat public d’un citoyen par des terroristes maniant le sabre et la hache signalait la naissance de notre GIA. Nous vivons maintenant la situation qu’a vécue l’Algérie de 1992 à 1994. La rue est devenue hostile à tous ceux qui ne portent ni foulard ni barbe « afghane ». On n’en est pas arrivé au vitriol, mais c’est une simple question technique.
En même temps, Mustapha Ramid, porte-parole du groupe parlementaire PJD (islamiste « modéré ») au Parlement (42 députés), a usé de la tribune parlementaire pour jeter l’anathème contre les Marocains inscrits dans des écoles européennes, pour exiger l’arrestation des rockers accusés de satanisme, demander la fermeture des débits d’alcool et exercer des pressions sur les couples de promeneurs (illégitimes) dans les lieux publics. Ce climat, les démocrates algériens le connaissent bien. Il s’est installé sournoisement dans le pays à la faveur des tâtonnements du Pouvoir, de son inexpérience et d’une vision strictement sécuritaire du phénomène. Nous en payons le prix maintenant. Il ne faut pourtant pas oublier que les islamistes ont profité du vide politique et du manque total de confiance des jeunes dans leur pays, de l’écurement, de la misère et de la honte subie par les Arabes en Palestine et en Irak. Le Pouvoir a passé un accord avec les islamistes « intégrés ». On semble croire que la négociation directe avec des chefs corrompus évitera de se retrouver face à une armée de jeunes, pas prête à se laisser corrompre. Ces jeunes-là forment déjà la piétaille, la chair à canon. Dix d’entre eux viennent de se faire sauter au milieu de dizaines de citoyens paisibles à Casablanca. Face à l’avancée islamiste, les autorités ont longtemps balancé entre deux stratégies : éradiquer ou intégrer au jeu politique. Les deux démarches ont échoué. La présence des tribuns du PJD au Parlement n’a pas calmé leurs ouailles et on a attribué 10 ans de prison à des membres d’une présumée cellule dormante d’Al Qaïda sans la moindre preuve.
Curieusement, les attentats perpétrés à Casablanca ont ciblé des cibles identiques à celles qu’on avait prêtées aux « dormants » d’Al Qaïda. Apparemment, on a semblé vouloir nuire à l’Occident. Mais à l’heure actuelle, il n’y a que 2 victimes européennes sur 41.
Et on remarquera que 3 des cibles étaient des débits de boissons alcoolisées. Pendant que l’Etat change de politique tous les trois mois et invente de faux terroristes au besoin, les vrais terroristes investissent la société à la base. Le prosélytisme a atteint le hammam, le café, l’école, tous les espaces publics sont devenus des pépinières de redresseurs de tort.
On a reporté les communales pour éviter aux villes importantes (Casa, Tanger, Fès) de tomber aux mains des islamistes si elles se tenaient en juin comme prévu.
On les a donc reportées à septembre, ce qui équivaut à repousser le problème à plus tard.
Il y a deux commanditaires possibles aux cinq attentats qui ont frappé le Maroc, vendredi 16 mai.
Bien que ces commanditaires informels puissent, à l’occasion, être alliés ou servir de soutien logistique les uns aux autres. Si c’est la nébuleuse Al Qaïda qui a fomenté les attentats, nous avons affaire aux mêmes professionnels internationaux que ceux qui ont frappé Riyad il y a une semaine et qui possèdent fatalement une solide base logistique au Maroc. Ils agissent dans ou pour les mêmes réseaux que ceux de Ben Laden et peut-être en coordination avec lui. Pour eux, l’ennemi ce sont les régimes arabes compromis, l’Amérique, Israël et l’Occident.
Si l’affaire est strictement interne, même avec un soutien étranger, cela veut dire que les terroristes marocains sont maintenant en mesure de déclencher la lutte armée pour l’instauration d’un Etat islamique. Et dans ce cas, ils n’ont pas d’autre but que d’abattre le régime marocain. La rigueur avec laquelle ont été commis les attentats et leur minutage n’augurent rien de bon pour les temps qui viennent. Les trois suspects arrêtés sont marocains. S’il y en a eu vingt, il peut y en avoir vingt mille. Il y en a donc d’autres, perdus dans la nature, guettant leur tour de semer la mort. Les Marocains restent silencieux mais ils savent tous maintenant que leur pays dérive. Pour barrer la route à la terreur, on peut avantageusement tirer partie de l’expérience des autres pour éviter au moins de commettre les mêmes erreurs.

Amale Samie pour Le Matin, Algérie

  • Maroc : l'islamisme politique fragilisé par les attentats

    Les attentats meurtriers du 16 mai à Casablanca ont fragilisé l'islamisme politique au Maroc, en particulier le Parti justice et développement (PJD), principale force d'opposition parlementaire, qui dénonce des "règlements de compte politiques".

  • les islamistes veulent éviter un raz-de-marée électoral

    Le Parti islamiste marocain justice et développement (PJD) envisage de réduire sa participation aux élections communales prévues en septembre pour apaiser "la peur" de la classe politique d'un raz-de-marée islamiste après le choc suscité par les attentats du 16 mai, a indiqué un responsable du parti cité par un journal islamiste.

  • Attentats de Casa:Des milliers de Marocains défilent à Casablanca

    Plusieurs centaines de milliers de Marocains ont défilé dimanche matin dans le centre de Casablanca (100km au sud de Rabat) pour dire "non au terrorisme" après les attentats du 16 mai qui ont fait 43 morts et une centaine de blessés.

  • Après les attentats de vendredi à Casablanca : Ces islamistes qui font douter !

    A une cinquantaine de mètres de l'hôtel Al-Farah, c'est l'empoignade entre des policiers et un groupe d'hommes politiques. Ces derniers, des responsables du Parti de la justice et du développement (PJD, islamistes modérés), sont venus constater de visu les dégâts matériels occasionnés dans le hall de cet hôtel du centre de Casablanca, après l'assaut d'un des cinq commandos-suicides, qui, vendredi soir, ont fait 41 morts et une centaine de blessés dans la capitale économique du Maroc. D'interminables négociations n'y feront rien : les forces de sécurité ont reçu la consigne de ne pas laisser passer ces islamistes à l'intérieur du périmètre de sécurité.

  • Un réseau terroriste international derrière les attentats au Maroc

    Le Ministre marocain de la communication Nabil Benabdellah a estimé lundi qu'un "réseau terroriste international" était derrière les attentats récemment perpétrés au Maroc.

  • Des kamikazes liés à des islamistes marocains

    Rabat a promis dimanche une issue rapide à l'enquête sur les attentats de Casablanca, dont les premiers éléments indiquent que certains kamikazes marocains étaient revenus récemment de l'étranger et étaient liés à un groupe islamiste marocain interdit.

  • Un climat favorable à l'extrémisme : Le Maroc est fragilisé par la pauvreté

    La symbolique est terrible. Survenant quatre jours après le triple attentat de Riyad, les attaques contre le Maroc visent beaucoup plus qu'un autre « allié traditionnel des Etats-Unis » dans le monde arabe, ou que la capitale économique du royaume chérifien. Bien qu'ayant tué en majorité des Marocains, ces attentats visaient des objectifs étrangers et juifs. Ils touchent donc aux symboles mêmes de l'ouverture du Maroc au monde : le tourisme, la présence et les investissements étrangers, et une tolérance qui, jusqu'à ces derniers mois en tout cas, semblait faire partie intégrante de l'identité du pays. La population, profondément ancrée dans ses identités arabe ou berbère, y a en effet vécu depuis des siècles en bonne entente avec une communauté juive dont une petite partie ­ quelques milliers de personnes ­ demeure toujours dans le royaume.

  • Attentats : tous les kamikazes étaient marocains

    Les quatorze kamikazes qui ont perpétré les attentats-suicide du 16 mai à Casablanca étaient tous marocains, a déclaré mardi le Premier ministre Driss Jettou.

  • Démocratie en péril au Maroc

    Les attentats suicides qui ont frappé Casablanca, dans la nuit du 16 au 17 mai, ont ébranlé les fragiles fondations de la nouvelle société marocaine, en voie de démocratisation. Si les cibles ont de toute évidence été choisies pour leur résonance occidentale ou juive, les victimes sont, elles, majoritairement marocaines. Le mercredi suivant les attentats, le gouvernement marocain a répondu à l'affront par rien de moins que la proposition d'une loi antiterroriste.

  • Les auteurs des attentats de Casablanca ont été assistés par Al-Qaida

    Les auteurs des attentats de Casablanca ont été assistés par "des experts d'Al-Qaïda, venus au Maroc aider à la planification, la préparation et à l'exécution de ces attaques terroristes", a affirmé M. Rohan Kumar Gunaratna, chercheur universtaire au Centre d'étude sur le terrorisme et la violence politique de l'université écossaise de St Andrew.