Des avions de chasse, puis des soldats : l’Algérie renforce son engagement au Niger, sur fond de rivalité avec le Maroc

- 06h00 - Monde - Ecrit par : Betty de G.

Après l’envoi d’avions de combat à Niamey en août, Alger envisage désormais d’installer des soldats dans une ancienne base française, près de la frontière libyenne. Une analyse américaine replace cette décision dans la concurrence d’influence avec le Maroc au Sahel.

Le Parlement algérien a autorisé, dimanche 25 octobre, l’envoi d’unités militaires au Niger. Cette décision intervient quatre jours après la signature d’un accord de coopération militaire entre les deux pays. La présidence algérienne présente l’opération comme destinée à protéger ses intérêts énergétiques et économiques, selon Reuters.

Le déploiement envisagé constitue une nouvelle étape dans l’engagement militaire d’Alger au Sahel. Fin août, l’Algérie avait déjà envoyé quatre chasseurs Sukhoï Su-30 au Niger, accompagnés d’avions de transport et de ravitaillement, après une tentative de déstabilisation du régime militaire nigérien. Ces appareils sont toujours stationnés à Niamey.

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Cette fois, les unités devraient rejoindre Madama, dans l’extrême nord du Niger. Située à une centaine de kilomètres de la Libye, cette ancienne base française occupe une position stratégique sur les routes empruntées par les groupes armés et les trafiquants entre le Maghreb et le Sahel.

La protection des installations énergétiques figure parmi les objectifs annoncés. Le groupe public algérien Sonatrach développe plusieurs projets pétroliers au Niger, tandis qu’Alger cherche à relancer le gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie. Son coût est estimé à 13 milliards de dollars.

Le Maroc au cœur de la concurrence régionale

Dans une analyse publiée le 29 octobre, le centre de recherche américain Critical Threats Project estime que ce déploiement s’inscrit également dans une stratégie algérienne visant à renforcer son influence face au Maroc et aux forces du maréchal Khalifa Haftar, qui contrôlent l’est de la Libye.

Les chercheurs soulignent que Rabat et Alger cherchent tous deux à consolider leurs relations politiques et économiques avec les pays du Sahel. Cette concurrence concerne notamment les projets énergétiques et la question du Sahara.

Le Maroc défend un autre itinéraire pour acheminer le gaz nigérian vers l’Europe. Estimé à 25 milliards de dollars par Critical Threats, le gazoduc Afrique-Atlantique doit longer la côte ouest-africaine avant de rejoindre le Royaume. Rabat développe parallèlement une initiative permettant aux pays enclavés du Sahel d’accéder à l’océan Atlantique, notamment par le futur port de Dakhla.

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L’analyse américaine identifie également un enjeu sécuritaire lié aux forces de Khalifa Haftar. Celles-ci ont renforcé leur présence dans le sud de la Libye et leurs relations avec certains groupes rebelles opérant près du Niger. Le positionnement envisagé à Madama permettrait à l’armée algérienne de surveiller ces mouvements dans une zone frontalière où se croisent intérêts militaires, réseaux armés et infrastructures énergétiques.