Guerre d’influence au Sahel : comment le Maroc a mis l’Algérie hors-jeu au Mali
Une vaste offensive de groupes armés déstabilise le Mali depuis fin avril, tuant notamment le ministre de la Défense. Ce chaos sécuritaire vient bousculer la guerre d’influence intense que se livrent le Maroc et l’Algérie dans la région.
Depuis l’aube du 25 avril, le territoire malien subit des assauts d’une ampleur inédite. Le Front de libération de l’Azawad s’est officiellement allié aux terroristes du Jnim, affiliés à Al-Qaïda. Ensemble, ils ont attaqué la ville de Kati, bastion du pouvoir militaire, et revendiquent la prise de Kidal. Des dirigeants de la sécurité ont été visés, entraînant la mort du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, lors d’une attaque à la voiture piégée. De son côté, le chef de la junte, Assimi Goïta, reste pour le moment invisible.
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Cette explosion de violence intervient alors que le Maroc marquait des points décisifs. Le 10 avril, Bamako avait officiellement soutenu le plan d’autonomie marocain pour le Sahara, retirant sa reconnaissance à la « République arabe sahraouie démocratique ». Une décision analysée comme « une forme de provocation » envers le voisin algérien par le chercheur Bah Traoré, cité par Jeune Afrique. Dans la foulée, Rabat a supprimé l’autorisation électronique de voyage pour les ressortissants maliens, actant un rapprochement très concret.
Ce succès diplomatique marocain s’explique par une stratégie de partenariats pragmatiques, éloignée des injonctions politiques. Le royaume investit dans les télécommunications, la construction et le secteur bancaire au Mali comme au Niger. Depuis 2023, il propose aux États enclavés du Sahel un accès stratégique à l’océan Atlantique. La coopération passe également par l’éducation, avec la distribution de trois cents bourses universitaires récentes au Mali, la formation d’officiers et un encadrement religieux structuré autour de la formation d’imams.
Face à cette progression, Alger tente de réagir. Le président Abdelmadjid Tebboune a relancé les discussions énergétiques et minières avec le Burkina Faso et a accueilli le dirigeant nigérien, le général Abdourahamane Tiani, pour évoquer le projet de gazoduc transsaharien. Toutefois, les relations algériennes avec le Mali demeurent fortement dégradées. Bamako accuse l’Algérie d’ingérence, de ruptures de confiance et lui reproche d’avoir contribué par le passé au déplacement du terrorisme vers le territoire sahélien.
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Les États sahéliens rejettent désormais les anciennes tutelles et recherchent des partenaires directs sans ingérence. L’approche algérienne, perçue comme rigide et axée en priorité sur la sécurité, s’adapte difficilement à ces nouvelles exigences. À l’inverse, l’offre marocaine, basée sur l’utilité économique et la méthode, dominait les relations régionales avant la reprise des combats. Reste à observer comment l’alliance inédite des groupes armés au Mali influencera cet équilibre diplomatique.