Face à la montée du Maroc au Sahel, l’Algérie sort désormais ses avions de combat de ses frontières
L’Algérie vient de projeter quatre chasseurs Su-30 au Niger, rompant avec sa traditionnelle retenue militaire hors de ses frontières. Cette nouvelle posture intervient alors qu’Alger cherche à reconquérir une influence perdue au Sahel, notamment face à la progression du Maroc.
Quatre avions de combat Sukhoï Su-30 algériens ont quitté le territoire national pour rejoindre Niamey. Ils étaient accompagnés d’un Iliouchine Il-76 de transport militaire et d’un Il-78 ravitailleur, dans ce qui apparaît désormais comme un tournant important de la doctrine militaire algérienne.
Le déploiement a eu lieu dimanche 30 août, au lendemain d’une tentative de déstabilisation du régime nigérien. Dans son communiqué officiel, le ministère algérien de la Défense explique que les quatre Su-30 ont été envoyés à la demande des autorités de Niamey pour une « mission de soutien » à l’armée nigérienne.
Les appareils n’ont finalement pas participé aux combats. Lorsque les chasseurs algériens sont arrivés, les militaires mutins avaient déjà été défaits. Mais le caractère très visible du déploiement et la communication organisée autour de leur arrivée donnent à l’opération une portée qui dépasse largement l’assistance militaire ponctuelle.
L’Agence nigérienne de presse rapporte ainsi que le général Abdourahamane Tiani a salué une « décision historique » d’Abdelmadjid Tebboune et le « déploiement exceptionnel » des appareils algériens à Niamey.
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Pour Alger, il s’agit surtout de montrer que son armée peut désormais intervenir directement au-delà de ses frontières lorsqu’elle estime ses intérêts régionaux menacés.
Cette évolution intervient au moment où le Maroc gagne du terrain face à l’Algérie au Sahel, particulièrement au Mali.
Alger veut reprendre pied au Sahel
Dans une analyse publiée mercredi, Le Monde estime que cette opération marque un véritable changement de paradigme pour l’Algérie.
Le quotidien rappelle qu’Alger cherche à restaurer une influence fortement érodée dans cette région. Les relations avec le Mali sont devenues particulièrement difficiles et, en avril 2025, Bamako, Niamey et Ouagadougou avaient même rappelé leurs ambassadeurs en Algérie après la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne.
Dans le même temps, Rabat a multiplié les ouvertures vers les pays sahéliens. La coopération militaire en est une composante : des soldats maliens ont notamment été formés au Maroc. Rabat développe aussi son initiative permettant aux pays enclavés du Sahel d’accéder à l’océan Atlantique.
Selon Le Monde, alors que le Maroc profitait des difficultés rencontrées par l’Algérie pour renforcer son influence, notamment au Mali, Alger avait désormais besoin de reprendre pied dans la région. Le Niger constitue pour elle le partenaire le plus accessible au sein de l’Alliance des États du Sahel.
Les enjeux dépassent la seule question militaire.
L’Algérie mise notamment sur le projet de gazoduc transsaharien devant relier le Nigeria à son territoire en passant par le Niger. Ce projet est directement concurrencé par le gazoduc Afrique-Atlantique porté par le Maroc et le Nigeria.
La stabilité du Niger est donc stratégique pour Alger. L’expert en sécurité Akram Kharief estime même auprès du Monde que cet enjeu gazier a probablement pesé dans la décision algérienne de soutenir rapidement le pouvoir de Niamey après la tentative de déstabilisation.
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Cette démonstration militaire pose toutefois une autre question en Algérie : celle du respect de la Constitution.
La révision constitutionnelle de 2020 avait précisément ouvert la voie aux interventions extérieures, rompant juridiquement avec plusieurs décennies de doctrine de non-intervention. Son article 91 permet au président de décider de l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire à l’étranger, mais seulement après approbation à la majorité des deux tiers de chacune des deux chambres du Parlement.
Or, selon Le Monde, les parlementaires algériens n’ont pas été consultés avant l’envoi des Su-30 au Niger. Une éventuelle approbation a posteriori reste néanmoins possible.
L’opération constitue donc un signal à plusieurs niveaux. À Niamey, elle montre qu’Alger est prête à défendre ses nouveaux partenaires. À l’échelle du Sahel, elle traduit la volonté de récupérer une partie du terrain perdu ces dernières années. Et face au Maroc, elle révèle surtout que la rivalité d’influence entre les deux voisins ne se joue désormais plus uniquement sur le terrain diplomatique et économique : Alger accepte désormais de mettre directement ses moyens militaires dans la balance.