Baba Aïchour est mort, tradition en perdition

- 00h39 - Maroc - Ecrit par : L.A

Notre culture est riche en couleurs. Mais la modernité semble faire table rase de nos coutumes qui sombrent dans le désuet.

Dans nos quartiers on voit nos coutumes qui s’évaporent au détriment de la télévision, des antennes paraboliques, de l’Internet et d’autres modes étrangères à notre civilisation.

Baba Aïchour célébré à l’occasion d’Achoura devient un mythe. Même dans nos campagnes, censées conserver ce patrimoine, la télévision dévastatrice a pris le dessus. En effet, peu de régions continuent de fêter Achoura comme il se doit.

Aachoura revêt une signification spirituelle et sociale indéniable. C’est aussi un jour de partage et de charité. A cette fête se sont greffées des traditions comme la visite des cimetières, la distribution des friandises et de nombreuses pratiques à caractère carnavalesque : feux rituels, aspersion des passants avec de l’eau, etc.

Les familles se régalent d’un couscous au "gueddid" attendant impatiemment l’arrivée du cortège d’un personnage très attendu par les enfants. Baba Aïchour, le personnage qui est sorti d’une vieille légende populaire est un vieillard, sage et de grande vertu qui jusqu’à la fin du 19ème siècle, et à chaque veille d’Achoura, frappait aux portes des maisons pour recueillir des dons, des cadeaux qu’il était chargé ensuite de redistribuer auprès des enfants nécessiteux. Mais ce père Noël made in morocco a disparu de nos ruelles depuis bientôt un siècle.

Sorti du fin fond de la mémoire populaire, mi-réel, mi- imaginaire, la coutume séculaire veut que tous les ans, à la veille de Achoura, son apparition ouvre les festivités. Autour de la chouala (feu de camp), il réunit les enfants, leur raconte les vieilles histoires d’usage à cette occasion, leur offre friandises et cadeaux et les invite à chanter pour lui.

Il avait même droit à un cérémonial. Le jour d’El Aid et après la consommation du gigot, les fillettes enterrent soigneusement les os qu’elles déterrent la veille de l’Achoura. Le but est de confectionner Baba Achour à partir de ces os et de le faire ainsi revivre. Elles croisaient en forme de croix les os ou des bâtonnets et elles les habillaient de morceaux de tissu jusqu’à ce qu’ils prennent la forme d’un homme tendant horizontalement ses bras, tel un épouvantail dans un champ labouré.

Ensuite, elles le mettaient au milieu d’un petit plateau, qu’elles portaient, au cours de leur tournée dans les rues de la ville et des villages et les champs de la campagne, en tambourinant, avec leurs petits doigts, sur les " tarija " et d’un air mélodieux suscitant les émotions, elles annonçaient la résurrection de Baba Aïchour.

L’ensemble des fillettes avaient les cheveux tombant sur les épaules. Une petite fille était désignée pour porter le plateau "Baba Achour" et dès qu’elle apercevait un passant, elle s’en approchait, levait le plateau pour le plaacer devant sa poitrine et, lui adressant un regard implorant, disait : "Eh Monsieur, bénis notre Baba Achour". D’un geste simple, le passant mettait la main dans sa poche, puis en ressortait une pièce.

C’était, le plus souvent, une pièce argentée, percée au milieu, qu’on appelait "Guerch", qu’il déposait à côté du "Baba Achour", étendu dans le plateau. Les petites filles sautaient de joie, en scandant : "que Dieu blanchisse ta chance". Puis, elles poursuivaient leur route en chantonnant ensemble une chanson, composée pour la circonstance qui dit : "Mon Achour, mon Achour, à cause de toi j’ai lâché mes cheveux, aussi longs que les fils de la bobine, comme la mort traîtresse- "Aichour" est en train de mourir, fermez la porte, "Aichour" est mort, dit-on, laissant derrière lui Khadija, "Aichour" le père des filles, on ne sait de quoi il est mort, allez, allez ! sortez !" C’était de cette façon que les filles célébraient autrefois l’Achoura.

Libération - Nadia Ziane

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