Banques au Maroc : la fin de l’ère française
Le groupe Holmarcom acquiert 67 % de la BMCI auprès de BNP Paribas. Cette opération historique marque la sortie des banques de détail françaises du Royaume et prépare une fusion d’envergure avec le Crédit du Maroc.
La cession des parts de BNP Paribas ferme un long chapitre historique. Elle acte la disparition totale du capital français dans les réseaux de détail marocains, confirmant un désengagement continental initié vers 2018 par d’autres acteurs européens. Ce mouvement traduit l’émancipation d’un écosystème financier local devenu particulièrement mature. D’après le magazine Challenge, les investisseurs nationaux possèdent aujourd’hui l’expertise requise pour absorber ces filiales en maintenant une stabilité parfaite, avec la capacité de « reprendre ces institutions quasiment en mode "plug and play" ».
Sur Bladi.net : Après Société Générale, une nouvelle banque française quitte défintivement le Maroc
La détention simultanée de deux réseaux concurrents par la famille Bensalah ne sera que temporaire. Avec 552 agences au total, le rapprochement entre la BMCI et le Crédit du Maroc, tombé dans le giron du groupe en 2022, constitue la prochaine étape logique. Une source au sein de Saham Bank confirme que « la question de la fusion est une évidence ». Fort du succès de l’intégration d’AtlantaSanad dans le secteur des assurances, Holmarcom compte rationaliser ses coûts pour créer le cinquième acteur bancaire du pays, un poids lourd affichant un bénéfice cumulé de 1,25 milliard de dirhams à fin 2024.
L’aboutissement de cette ambition dépendra du franchissement d’un véritable parcours d’obstacles juridiques et prudentiels. Bank Al-Maghrib bénéficie d’un délai de 120 jours pour donner son feu vert, tandis que le Conseil de la concurrence et l’Autorité de contrôle des assurances scruteront l’opération. L’enjeu majeur résidera dans la qualification de ce nouveau mastodonte : s’il est classé comme banque d’importance systémique, le régulateur lui imposera des coussins de sécurité financiers beaucoup plus stricts, ce qui garantira sa solidité mais freinera mécaniquement sa rentabilité à court terme.
Sur Bladi.net : Une nouvelle banque française quitte le Maroc
Au-delà des chiffres, la réussite de l’absorption se jouera sur le terrain humain. Fusionner les systèmes informatiques et mêler l’ADN d’une structure marquée par des décennies de gestion parisienne avec la culture d’une holding marocaine exigera beaucoup de doigté. Cette transition s’accompagne d’une ouverture inédite vers de nouvelles méthodes mondiales. Loin du modèle hexagonal traditionnel, le marché marocain observe désormais avec attention les innovations pratiquées dans des pays comme la Suède ou les États-Unis pour façonner ses futurs champions.