Le cadeau de Trump au Maroc passe mal chez les Espagnols

- 11h00 - Espagne - Ecrit par : L.A

La décision de Donald Trump de suspendre temporairement certains droits sur les engrais phosphatés marocains est suivie de près en Espagne. Pour une partie de la presse espagnole, ce geste renforce encore le Maroc au moment où les agriculteurs européens dénoncent déjà la hausse de leurs coûts.

Washington a choisi d’aller vite. Par une proclamation d’urgence, le président américain a autorisé l’entrée temporaire, sans certains droits antidumping et compensateurs, d’engrais phosphatés en provenance du Maroc. L’objectif affiché est de sécuriser l’approvisionnement des agriculteurs américains, confrontés à des tensions sur le marché mondial des fertilisants.

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La mesure doit durer au maximum huit mois, ou prendre fin plus tôt si l’urgence déclarée par l’administration américaine est levée. Pour la Maison-Blanche, les capacités américaines ne suffisent pas à couvrir les besoins agricoles immédiats, tandis que le Maroc est présenté comme un fournisseur capable d’assurer des livraisons sans rupture.

Vu d’Espagne, cette décision prend une autre dimension. Le quotidien El Debate y voit une faveur accordée au Maroc, mais aussi un révélateur des difficultés de l’Union européenne à répondre rapidement aux inquiétudes de ses agriculteurs. Le contraste est jugé d’autant plus sensible que l’Espagne regarde déjà le Maroc comme un concurrent agricole de plus en plus solide.

Les agriculteurs espagnols dénoncent depuis des mois la pression des coûts, en particulier ceux des intrants, de l’énergie et des engrais. Dans ce contexte, voir les États-Unis ouvrir temporairement la porte aux phosphates marocains alimente l’idée que Washington protège plus vite son secteur agricole, pendant que l’Europe avance avec davantage de contraintes.

Le Maroc gagne du poids face à l’Europe

Le dossier ne se limite pas aux engrais. Pour les médias espagnols, il s’inscrit dans une tendance plus large : le Maroc devient un partenaire agricole important pour les États-Unis, tout en restant un concurrent direct pour l’Espagne sur plusieurs productions. Cette double position agace une partie du secteur agricole espagnol.

Le Maroc bénéficie déjà d’un poids stratégique grâce à ses phosphates. Dans une période marquée par les tensions géopolitiques et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, cette ressource devient un levier économique majeur. Les engrais phosphatés sont essentiels pour de grandes cultures comme le maïs, le soja ou le blé.

En Europe, la situation est plus complexe. L’Union européenne doit composer avec les sanctions et les droits appliqués aux engrais russes et biélorusses, tout en essayant de limiter la facture pour ses propres agriculteurs. Bruxelles a bien suspendu certains droits sur des engrais azotés pour réduire les coûts, mais cette réponse ne suffit pas à calmer toutes les critiques du secteur.

Pour les agriculteurs espagnols, le problème est aussi politique. Ils estiment que les règles européennes, les contraintes environnementales et les politiques commerciales les placent souvent dans une position moins favorable que leurs concurrents. Le Maroc revient régulièrement dans ce débat, notamment lorsqu’il s’agit de fruits, légumes ou d’accès aux marchés.

La décision de Trump donne donc une nouvelle visibilité au royaume. Elle montre que les phosphates marocains ne sont pas seulement une matière première stratégique, mais aussi un outil d’influence dans les équilibres agricoles mondiaux. Pour Washington, il s’agit de protéger ses récoltes. Pour Madrid, c’est un nouveau signal du poids pris par Rabat.

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L’agacement espagnol vient de là : pendant que les producteurs européens demandent des réponses rapides à la hausse des coûts, le Maroc bénéficie d’un geste fort de la première puissance mondiale. Une décision temporaire, mais suffisante pour rappeler que le royaume est devenu incontournable dans la bataille mondiale des engrais.