CAN 2025 : les nouveaux stades, vitrines du savoir-faire « made in Morocco »
Alors que la Coupe d’Afrique des Nations bat son plein dans le Royaume, la qualité des infrastructures sportives impressionne les observateurs. Ces joyaux architecturaux sont le fruit du savoir-faire d’une main-d’œuvre marocaine qualifiée, dont la préservation et la valorisation deviennent aujourd’hui un enjeu national stratégique face au risque de fuite des cerveaux.
La 35ᵉ édition de la CAN, qui se déroule actuellement sur le sol marocain, agit comme une vitrine exceptionnelle pour le génie civil national. Les stades accueillant les rencontres depuis le 21 décembre ont mis en lumière une montée en gamme spectaculaire des compétences locales. Amin El Mernissi, expert immobilier, interrogé par Hespress, souligne que le Royaume a franchi un cap décisif : l’époque où le pays dépendait quasi exclusivement d’entreprises étrangères, notamment turques ou françaises, est révolue. Désormais, ce sont des sociétés nationales, encadrées par une élite d’ingénieurs et de techniciens marocains, qui pilotent ces chantiers titanesques.
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Cette autonomie technique ne se limite pas aux enceintes sportives mais s’étend aux ponts, routes et grands ouvrages d’art. Pour tenir les délais serrés – parfois la construction ou la rénovation d’un stade en une seule année – les entreprises marocaines ont massivement investi dans la formation continue et les technologies de pointe. Cette expertise permet aujourd’hui au Maroc de rivaliser avec les grandes nations et de se positionner comme un candidat crédible pour l’accueil d’une finale de Coupe du monde.
Cependant, cette réussite éclatante ne doit pas masquer une réalité sociale plus complexe. Le secrétaire général de l’Organisation démocratique du travail (ODT), met en garde contre la précarité qui menace ces artisans du succès marocain. Si les ingénieurs supervisent des projets aux normes américaines ou chinoises, comme les grands CHU de Rabat, ils restent vulnérables à la tentation du départ. Le syndicaliste appelle à une revalorisation urgente des salaires et des conditions de travail pour freiner la « fuite des compétences », un fléau qui touche déjà durement les secteurs de la santé et de l’éducation.
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L’analyse révèle également une « étrange contradiction » au sein du secteur du bâtiment. Si les grands chantiers de l’État offrent généralement sécurité et équipements modernes, une partie du secteur privé continue d’opérer dans des conditions déplorables. De nombreux ouvriers, souvent originaires de régions comme Errachidia ou Ouarzazate, subissent encore de longues heures de travail, de maigres salaires et une absence de protection sociale. Pour les experts, garantir la dignité et la stabilité financière de ces travailleurs est la seule voie pour pérenniser l’excellence marocaine en matière d’infrastructures.