Cinéma : le Maroc, de décor hollywoodien à exportateur d’histoires
Longtemps plébiscité comme terre de tournage pour les superproductions internationales, le Maroc franchit un nouveau cap. Porté par des incitations fiscales et une nouvelle génération de producteurs, le cinéma marocain s’exporte désormais sur les grands marchés mondiaux.
La présence d’une délégation marocaine de premier plan à l’European Film Market (EFM) de Berlin cette année illustre cette mutation, écrit le magazine Variety. Si le royaume continue d’attirer des blockbusters comme « The Odyssey » de Christopher Nolan – grâce notamment à un crédit d’impôt attractif de 30 % –, l’ambition est aujourd’hui de faire rayonner les récits locaux. « Nous sommes un pays d’histoires », souligne Mohammed Reda Benjelloun, directeur du Centre cinématographique marocain (CCM), qui a sélectionné dix producteurs locaux pour défendre leurs projets sur la scène berlinoise.
Industrie cinématographique : l’émergence du « soft power » marocain
Cette dynamique s’appuie sur une structuration progressive du secteur, amorcée en 2018. La création des Atlas Workshops au Festival de Marrakech a joué un rôle de tremplin, soutenant plus de 150 projets et révélant des talents comme Asmae El Moudir (« The Mother of All Lies »). En parallèle, la production nationale a explosé, passant d’une poignée de films au début des années 2000 à 54 longs métrages l’an dernier.
La révolution passe aussi par un changement de statut : de simples prestataires de services, les professionnels marocains deviennent des partenaires créatifs à part entière. La série policière « K-1 », présentée au Berlinale Series Market, en est l’illustration parfaite. Conçue par la showrunner Khadija Alami, elle démontre que les créateurs marocains peuvent rivaliser « au même niveau que les créateurs britanniques, français ou américains ».
Pour soutenir cet élan, la formation se renforce. L’école ESAV de Marrakech, dirigée par le réalisateur Alaa Eddine Aljem, ou encore la Fondation Tamayouz, qui promeut les femmes dans le cinéma, œuvrent à professionnaliser tous les maillons de la chaîne. L’enjeu est clair pour la productrice Lamia Chraibi : « Si nous ne racontons pas nos propres histoires, les récits orientalistes persisteront. »