Clandestins - 15.000 dh pour revenir dans un cercueil

- 06h55 - Maroc - Ecrit par : Bladi.net

Deux semaines de détresse en haute mer, des litres d’eau salée ingurgités, 10 jours sur un lit d’hôpital, le corps du jeune Andaki M. était trop affaibli pour endurer davantage.

Le jeune homme a rendu l’âme, jeudi, des suites de complications de son état de santé déjà très critique au moment de son admission à l’hôpital de Mortil dans la région de Grenade.
Tarik, son camarade de chambre et compagnon de fortune, s’est éteint, lui aussi, quelques jours auparavant.

Ils étaient 11 à s’entasser sur une petite embarcation longue d’à peine trois mètres et prendre le large dans les environs de Saïdia, près des frontières algériennes, la nuit du 29 au 30 juillet dernier. Deux semaines plus tard, un voilier espagnol a pu les repérer à 20 milles des côtes de la province de Grenade, et alerter les services de sauvetage maritime.

Ce fut sans doute, dira ultérieurement, à la presse, le chef de l’équipe d’intervention d’urgence, le sauvetage le plus tragique de sa vie. Des 11 compagnons de départ, les secouristes espagnols n’ont trouvé que sept survivants.

Sur leur lit d’hôpital, les deux internés aujourd’hui décédés, ont raconté aux médias espagnols le sort de leurs compagnons perdus dans la traversée. Longtemps après leur dérive, deux compagnons n’en pouvant plus ont décidé de se jeter à l’eau et tenter de regagner la côte à la nage. Leurs cadavres n’ont toujours pas été retrouvés. Les deux autres affaiblis par la fatigue, la faim et la soif ont succombé et leurs cadavres jetés à la mer. La survie des autres relève du miracle.

Forte déshydratation, des brûlures de différents degrés dans de multiples parties de leurs corps, ils ont été admis à l’hôpital de Mortil, cinq d’entre eux ont pu s’en sortir et remis aux autorités marocaines, deux dont l’état était très grave sont restés alités. Leur santé a continué à se détériorer et ont fini par succomber.

Les 11 compagnons du voyage, au début rêve devenu cauchemar, se connaissaient tous puisqu’ils étaient de la même région de Berkane. Ils ont préparé leur expédition pendant au moins un mois, chacun y a investi entre 12.000 et 15.000 dh. Les survivants raconteront plus tard qu’ils avaient opté pour un point de départ situé entre Saïdia et les frontières algériennes. Ils voulaient suivre le trajet communément connu sous le nom de « la route de l’Algérie » qui relie ce point du Nord du Maroc à Cabo de Gata dans la province d’Almería.


Leurs provisions se composaient de 30 litres d’eau et quelques sacs de fruits secs.

Tout allait bien au début. La situation a commencé à se compliquer quand ils venaient à manquer de carburant, racontera Tarik sur son lit d’hôpital.

Le moteur a fini par cesser de fonctionner et les 11 compagnons n’avaient plus que la force de leurs bras pour continuer leur périple. Ils ont ramé des heures durant. La fatigue a pris le dessus, les nerfs à fleur de la peau.

Epuisés, ils se sont laissés tanguer par les eaux du Détroit. C’est à ce moment que deux d’entre eux ont décidé de se jeter à l’eau dans l’espoir de regagner la côte à la nage. Personne ne saura plus rien d’eux. Les autres se sont laissés se consumer lentement. Les provisions ont fini par s’épuiser rapidement et pour étancher leur soif, ils ont été contraints de boire l’eau de mer.

L’équipe de sauvetage maritime espagnole affirmera après, qu’ils ont probablement dû tourner en rond durant « très longtemps ». Deux compagnons dont l’organisateur de l’expédition sont morts entre-temps. Ils ont été jetés à la mer, le corps de l’organisateur a été rejeté par la mer des jours plus tard.

Le 12 août dernier, vers 13h, un voilier les a repérés. Quatre ont quitté l’hôpital et reconduits, sur ordre de la justice, aux frontières et remis aux autorités marocaines. Trois sont restés alités, l’un d’eux dont l’état s’est amélioré a fini par quitter l’hôpital, les deux autres sont décédés des suites de complications de leur santé.

Tahar Abou El Farah - Libération

  • Le rêve d'un harrag prend l'eau

    Aziz H., tout juste 26 ans, est un jeune Gadiri, cuisinier de métier. Depuis l'obtention de son diplôme en 2002, il peine à trouver un travail stable, malgré un secteur touristique florissant. Certes, il a fait un passage de neuf mois dans un établissement hôtelier de la station balnéaire, mais ni les conditions de travail, ni le salaire - à peine le Smig - ne lui permettent de vivre décemment.

  • Nador : 102 clandestins interpellés après la dérive de leurs embarcations

    Quelque 102 émigrants clandestins, dont 68 d'Afrique noire, ont été interpellés jeudi par les autorités marocaines dans la région de Nador, sur la côte méditerranéenne du Maroc.

  • 40 marocains interceptés vendredi au large de Las Palmas

    Les services de sécurité espagnols ont intercepté, vendredi, deux patéras, avec à leur bord un total de 40 Marocains candidats à l'émigration clandestine, qui tentaient de gagner les côtes canariennes.

  • Immigration illégale, onze corps repêchés à Boujdour

    Les tentatives d'atteindre les Iles Canaries ne tarissent point et ce, en dépit du renforcement des patrouilles maritimes marocaines, espagnoles et de l'Agence européenne FRONTEX.

  • Ces femmes qui ont découvert un autre chemin de l'immigration clandestine

    Hayat, Fouzia et Ilham sont trois Casablancaises à Tanger. Ce qu'elles font ? Elles attendent le feu vert pour pouvoir enfin traverser le Détroit. Elles font partie d'un groupe de plus de 60 jeunes femmes, toutes de Casablanca. La plus âgée d'entre elles a 30 ans. Le point commun chez toutes ces personnes, c'est qu'elles fréquentaient les mêmes cabarets d'un coin chaud bien connu des Casablancais.

  • Le tatouage au henné peut être cancérigène

    Le tatouage au henné fut pratiqué par les Égyptiens dès 2000 av. J.-C. On pensait que les motifs tatoués offraient une protection contre la malchance ou la maladie. Ils servaient aussi à identifier le statut, le rang ou l'appartenance à un groupe. Au Maroc, le produit est utilisé depuis des centaines d'années, le henné est une véritable tradition : les femmes en mettent pour toutes les grandes occasions (mariages, baptêmes...). Sans oublier que c'est aussi un des éléments dont use la femme pour la séduction.

  • Un passeur jette ses compatriotes à la mer

    Un juge espagnol a ordonné l'emprisonnement d'un passeur de clandestins marocain qui a obligé plusieurs de ses compatriotes à se jeter à l'eau durant la traversée de la Méditerranée entre le Maroc et les côtes espagnoles, a-t-on appris jeudi de source judiciaire.

  • Transit 2006 « Partir utiles, revenir solidaires »

    Le port de Tanger paraît plutôt calme. Le trafic à la gare maritime est fluide et rien n'indique que l'on est en plaine opération de Transit-2006, dans sa première phase.

  • Transit 2006 : 600.000 MRE via Tanger

    Quelque 581.615 Marocains résidant à l'étranger (MRE) ont regagné le Maroc via le port de Tanger depuis le début de l'opération transit-2006, le 15 juin dernier. Des statistiques arrêtées au terme de la journée de dimanche indiquent que le chiffre enregistré cette année est en baisse de 4 pc par rapport à la même période de l'opération transit-2005 (605.324 arrivées).

  • La traversée du détroit au cœur d'une polémique

    Pour les sociétés de transport international de voyageurs, les eaux du détroit ne sont pas seulement chaudes, mais elles sont devenues brûlantes depuis le début de la campagne de cet été. En cause, la « cascade » de hausses des tarifs décidée par les compagnies maritimes qui exploitent la liaison Tanger-Algésiras et qui risque de mettre en danger l'équilibre économique de la dizaine d'entreprises qui opèrent dans ce secteur.