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Le tatouage au henné peut être cancérigène

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28 août 2006 - 16h08 - Société

Le tatouage au henné fut pratiqué par les Égyptiens dès 2000 av. J.-C. On pensait que les motifs tatoués offraient une protection contre la malchance ou la maladie. Ils servaient aussi à identifier le statut, le rang ou l’appartenance à un groupe. Au Maroc, le produit est utilisé depuis des centaines d’années, le henné est une véritable tradition : les femmes en mettent pour toutes les grandes occasions (mariages, baptêmes...). Sans oublier que c’est aussi un des éléments dont use la femme pour la séduction.

L’emballement des touristes pour ce genre de tatouages temporaires est également de plus en plus tendance. Qui viendrait aujourd’hui en vacances au Maroc sans penser se faire un joli dessin brun sur le poignet ou la cheville ? D’autant plus qu’à l’arrivée de l’été, toutes sortes de tatoueurs envahissent les lieux touristiques, mais gare à l’arnaque ! « Usage ancestral », « teinture naturelle », rien n’est moins sûr ! Un produit d’usage très courant dans l’industrie est souvent ajouté au henné.

Celui-ci est susceptible de provoquer des allergies à vie. S’il est oxydé, il peut même être cancérigène. Le henné n’entraîne habituellement aucun effet secondaire, mais certains tatoueurs n’utilisent malheureusement pas toujours du henné pur (pour les spécialistes : hydroxynaphtoquinone provenant des feuilles séchées de « Lawsonia inermis » mais l’additionnent à des substances susceptibles d’entraîner des effets dangereux pour la santé. « Le henné lui-même ne pose pas de problème, ce qui est dangereux ce sont les produits qu’on y ajoute », explique ainsi Zineb Guessous, dermatologue. « C’est le diluant avec lequel ils mélangent leur produit qui peut avoir des conséquences dramatiques », ajoute-t-elle, notamment le toluol, communément appelé diluon et « sniffé » par les « chamkara ». Ces conséquences sont dues en effet à un agent colorant, le paraphénylène diamine (PPD), qui est ajouté au henné afin de renforcer la teinte et sa fixation sur la peau.

Le problème se pose lorsqu’il est employé à des concentrations trop élevées. Cette substance utilisée couramment dans l’industrie comme colorant textile ou dans les teintures capillaires est habituellement bien tolérée à un taux maximal de 6%. Or, des taux de 15% de PPD ont été trouvés dans certaines préparations au henné. Les symptômes qui surviennent ne sont généralement, au début, qu’une simple brûlure, due à l’effet caustique du produit, qui n’attire pas l’attention de la personne tatouée.

Quelques jours après, apparaît une coloration rouge de la peau accompagnée d’un œdème, qui s’installe en suivant les contours du tatouage, et de démangeaisons intenses, explique le docteur Guessous. « On peut observer que les traces rouges retracent exactement le dessin fait au henné, cela doit immédiatement avertir la victime », précise-t-elle.

Les jours suivants, l’œdème finit par disparaître, s’accompagnant d’une chute locale de petits lambeaux de peau ressemblant à des pellicules. « Malheureusement, chez certaines personnes, persistent soit un prurit qui se localise au niveau du tatouage, soit un micro-tatouage dû à une pigmentation de la cicatrice, résultat de l’inflammation de la peau », continue le Dr Guessous.

Cette coloration plus ou moins intense de la partie épidermique de la peau est susceptible de persister plusieurs mois. Le plus embêtant est que cette allergie peut conduire à une hyper-sensibilisation à vie. Une fois sensibilisé à un excès de PPD, on devient allergique à toutes les teintures contenant ce produit, même à la concentration autorisée, voire à certains vêtements teintés avec ce colorant, comme les jeans. L’eczéma réapparaîtra à chaque nouveau contact.

Le traitement nécessite l’avis d’un spécialiste qui, le plus souvent, utilisera une crème contenant de la cortisone. « Dès que vous sentez des démangeaisons, il faut aller voir un dermatologue sur le champ qui vous prescrira un traitement anti-histaminique et de la corticoïde », explique le docteur Guessous.
Mais rassurez-vous, les risques liés au PPD ne concernent pas le henné traditionnel utilisé par des millions de femmes dans le monde.

Le mieux est donc d’éviter les tatouages proposés dans les stations balnéaires ou sur les marchés, « si vous voyez des jeunes se balader avec des seringues sur la plage, c’est vraiment déconseillé », affirme ainsi le docteur Guessous. Ils sont, en tout cas, à fuir quand ont est déjà allergique à la teinture capillaire. La prévention, qui bien entendu n’est pas pratiquée par les marchands de tatouage, consiste à effectuer un test d’essai préalable à l’application du produit utilisé pour faire les tatouages temporaires.
Bien évidemment, ces tatouages ne doivent jamais être réalisés sur des enfants !

Victimes du henné

Fatima : « J’avais 14 ans quand j’ai mis du henné pour la première fois. C’était une véritable catastrophe : brûlures, boutons, verrues... J’ai eu des démangeaisons pendant deux ans. Apparemment, ce sont les produits ajoutés au henné qui ont causé cette allergie. J’ai suivi un traitement à base de pommade et de crème, les marques ont fini par partir mais je ressens toujours des brûlures quand je vais à la piscine ou à la mer.

Puis, le jour de mon mariage, j’ai mis un henné pur cette fois, mais même scénario : brûlures et boutons partout sur le corps ! C’est parti en quelques jours, et je n’en ai plus jamais remis depuis ».
Souad : « Il y a un an, quand on est parti à Marrakech, mon fils a voulu se faire un tatouage au henné : ça faisait un moment qu’il voulait avoir un scorpion sur le bras, on s’est rendu sur la place Jamaâ El Fna.

Au bout d’une demi heure, il a ressenti des démangeaisons. Il a tout de même laissé le henné longtemps pour que la marque soit foncée, et quand il a nettoyé, sa peau était complètement brûlée. Le médecin lui a donné des pommades et un traitement à suivre pendant un mois et demi, les brûlures ont disparu, les douleurs aussi. Mais jusqu’à aujourd’hui, il garde la marque du scorpion sur son bras, sa peau est toute blanche à l’endroit où il y avait le henné ».

Comment détecter le vrai du faux ?

Premier test : l’odeur. N’hésitez surtout pas à « sniffer » le henné. L’odeur du diluant est généralement très forte et sent plus ou moins l’essence. Méfiez-vous aussi des tatouages aux couleurs très foncées. La teinte normale du tatouage au henné varie du marron à l’orange. Lorsque celui-ci est noir, c’est que des additifs ont été ajoutés au mélange. C’est principalement à ces produits chimiques que 45 % des gens sont allergiques.

De plus, si le dessin peut être fait en quelques minutes, c’est plutôt mauvais signe ! Enfin, si au lieu de s’effacer, il devient rouge et gratte, il faut absolument consulter un médecin. Même si cela paraît bénin, à la prochaine exposition à la PPD, vous risquez des ennuis plus sérieux. On a ainsi connu le cas d’une jeune femme hospitalisée dans un état dramatique à son retour de vacances.

Ainsi, en général, la meilleure façon de détecter le vrai du faux reste à la tête du tatoueur, si vous sentez l’arnaque dès votre première approche, alors ne vous aventurez même pas, son henné risque d’être de mauvaise qualité !

Nora Awada - Le Matin

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