Confessions d’un djihadiste marocain : Les Marocains s’entretuent en Syrie

- 11h44 - Monde - Ecrit par : Bladi.net

Rachid Lemlihi, Marocain qui combattait en Syrie, de retour au Maroc (il est actuellement en prison), a un message pour les personnes qui ambitionneraient de se rendre en Syrie pour effectuer ce qu’ils croient être le djihad : « N’y allez pas. Restez dans votre pays. Je regrette d’être parti à la recherche d’un mirage ».

Interviewé par Infosurhoy.com à la prison de Salé, Rachid Lemlihi est catégorique : ce qu’on voit à la télé et sur les réseaux sociaux n’est que de la poudre aux yeux pour attirer les combattants. En effet, ce dernier pensait qu’il savait tout à propos du djihad en Syrie. Ses connaissances émanaient des réseaux sociaux et de la télévision. Quand il a finalement rejoint la Syrie et ses combats, il a compris qu’il avait été mal informé à propos de la réalité sur le terrain. Autre revers de la médaille, ce dernier risque actuellement, au Maroc, cinq ans de prison pour terrorisme, tout cela pour une cause qui ne l’intéressait même pas.

Zoom sur la personne : Un homme normal

Rachid Lemlihi se décrit ainsi : « Je suis un jeune musulman marocain né en 1981 à Tétouan. Je viens d’une famille conservatrice. Mon père est mort quand j’avais moins de 3 ans. J’ai quitté l’école à un stade précoce, quand j’étais en deuxième année préparatoire même si je travaillais bien et dur. Cependant, mes conditions familiales instables m’ont forcé à quitter l’école pour chercher du travail ».

En outre, ce dernier est marié et a quatre enfants. S’étant marié à l’âge de 24 ans, son fils aîné n’a que 8 ans.

Concernant ses convictions, Lemlihi déclare : « Franchement, je n’ai jamais été un extrémiste ou un radical. ... J’aimais jouer au football et aller à la plage pour passer d’agréables moments avec mes amis. ... J’étais un jeune homme normal ».

Pourtant, (peut-être était-ce ce simple fait qui l’aura « perdu »), il était, selon ses dires, « accro » aux réseaux sociaux, notamment Facebook, et il passait des heures à parcourir les sites Internet.

Mais alors pourquoi aller au combat ?

« J’avais l’habitude de ressentir de la douleur à chaque fois que je voyais ou entendais parler de la souffrance du peuple syrien », affirme-t-il. Lemlihi poursuit : « Les nouvelles, les chaînes du satellite et les sites Internet réalisés à cet effet, dépeignaient nuit et jour la façon dont les gens là-bas étaient tués ou obligés de se déplacer dans leur propre pays ».

Et voici le pourquoi, selon Lemlihi : « Quoi qu’il en soit, je me suis rendu en Syrie ... pour aider ». L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on.

Répondant à la question d’Infosurhoy, Rachid Lemlihi entre dans les détails : « j’ai parlé avec un de mes voisins qui y est allé avant moi et m’a encouragé à y aller également. J’étais en contact avec lui via Facebook et via téléphone pour coordonner et préparer les derniers arrangements avant le début du voyage. Le voyage a commencé à partir de l’aéroport Mohammed V à Casablanca. Ils m’ont posé des questions sur ma destination - J’ai dit que j’allais en Turquie ».

Arrivé en Turquie, Lemlihi trouve son ami qui l’attendait. Les deux hommes vont alors à la frontière avec la Syrie, à bord d’un 4x4. Ils traversent la Syrie, et après cela se dirigent vers ce que son ami appelait « un séjour ». L’ex-djihadiste explique ce que c’était : « Ce sont trois grands immeubles de logements, constitués chacun de trois étages avec des espaces de réception, des chambres climatisées entièrement équipées, des téléviseurs à écran plat, Internet par satellite et tous types d’aliments délicieux et des boissons. J’étais juste étonné ». On le serait pour moins…

Il n’est pas resté là-bas un jour, ni deux, ni même une semaine. Il y est resté deux mois. On leur y donne le choix de rejoindre la faction où « ils se sentaient à l’aise et pour laquelle ils souhaitaient combattre ».

Que pensent les habitants syriens là-bas des combattants ?

Et non ! On ne les accueille pas en héros, selon Lemlihi : « Je sentais que même les citoyens syriens dans la campagne d’Alep ne se sentaient pas à l’aise avec le groupe et n’étaient pas contents avec nous... Ce sont de simples citoyens qui veulent vivre en paix et en sécurité, loin du quotidien des luttes intestines de groupes et factions en Syrie. J’ai senti une vraie douleur en remarquant cela ».

Ces propos qui vont suivre, proclamés par Lemlihi, sont plus un message adressé à ceux qui, emplis de bonnes intentions, souhaitent aider les syriens : « Je suis allé en Syrie pour soutenir le peuple arabe syrien, et je me sentais avoir un certain type de responsabilité à leur égard. Malheureusement, j’ai trouvé une autre réalité différente de celle véhiculée par les médias et les vidéos sur Youtube […] j’ai été choqué parce que j’ai trouvé une réalité complètement différente : les combattants arabes ne sont pas les bienvenus en Syrie en général ».

Il n’y a pas que les forces de Bachar Al Assad à combattre

Rachid Lemlihi a en effet vécu les conflits entre les mouvements et les factions ainsi que les luttes intestines entre Ansar al-Sham, l’Armée de la Syrie libre et d’autres groupes. Il paraît, selon lui, que « chaque groupe lutte contre d’autres factions ».

Selon ce combattant très explicite : « Il y avait des jeunes marocains dans un groupe qui sont venus pour lutter contre les forces de Bachar, pour se retrouver en train de lutter contre d’autres Marocains dans un autre groupe. Nous sommes venus pour combattre l’armée d’al-Assad et soutenir le peuple syrien, mais nous avons été choqués par une autre réalité ; factions et fronts s’affrontent tandis que les forces d’al-Assad se renforcent et combattent toutes les factions ».

Ayant compris cela, Lemlihi a décidé de revenir au pays et a été arrêté. Il risque maintenant cinq ans de réclusion pour terrorisme.

Dernier message de cet homme qui a vécu une vraie expérience

« Ne courez pas après les illusions et ne croyez pas les vidéos qui font apparaître des syriens lançant des appels pour de l’assistance et du soutien. Quand j’étais là-bas, beaucoup de jeunes actifs sur Facebook m’ont questionné sur le djihad et les combats en Syrie. Je leur ai dit, « Ne venez pas. Restez dans votre pays parce que je regrette d’être venu à la recherche d’un mirage ». Il n’y a rien en Syrie, sauf les factions et les groupes qui se défendent l’un contre l’autre », affirme-t-il, avant de poursuivre en disant : « La seule récompense là-bas, c’est la mort ».

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