Ils ne connaissent ni le Maroc ni sa langue : des ados néerlandais y sont placés justement pour ça

- 17h00 - Monde - Ecrit par : Betty de G.

Des adolescents néerlandais sans aucune origine marocaine sont placés dans un centre au Maroc. Leur méconnaissance du pays et de sa langue est présentée comme un avantage par l’organisme qui les accueille. Douze jeunes y ont été envoyés en cinq ans.

L’affaire est révélée par une enquête de Nieuwsuur. Des communes et des organismes néerlandais de protection de l’enfance envoient parfois à l’étranger des adolescents présentant des troubles du comportement lorsqu’aucune place adaptée n’est disponible aux Pays-Bas.

Ces séjours, théoriquement temporaires, peuvent durer jusqu’à trois ans. Certains jeunes sont même placés hors de l’Union européenne, notamment dans une structure de Multi Plus Zorg au Maroc.

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Les adolescents concernés n’ont aucun lien familial ou culturel avec le royaume. Pour la directrice de l’organisme, cette absence de repères présente justement un intérêt : ne parlant pas la langue et ne connaissant pas le pays, les jeunes dépendent davantage de leurs éducateurs dans leur vie quotidienne et peuvent ainsi se concentrer sur leur parcours.

Tous les trois mois, ils retournent quelques jours aux Pays-Bas. Ce système leur permet ensuite de revenir au Maroc sans demander de visa. Selon Multi Plus Zorg, douze adolescents ont été accueillis dans son projet marocain au cours des cinq dernières années.

Les contrôleurs néerlandais ne peuvent pas enquêter au Maroc

Cette pratique inquiète Mariëlle Bruning, professeure de droit de la jeunesse. Elle se dit choquée que des mineurs soient placés aussi loin, dans un pays avec lequel ils n’ont aucun lien, et estime que le procédé « sent les abus ».

L’enquête porte plus largement sur les défaillances du contrôle des placements à l’étranger. L’Inspection néerlandaise de la santé et de la jeunesse affirme recevoir des signalements concernant des adolescents privés d’école, enfermés, immobilisés physiquement ou contraints d’effectuer de longues journées de travail pénible sans rémunération.

Ces faits ne sont toutefois pas directement attribués à la structure installée au Maroc. Multi Plus Zorg rejette tout rapprochement avec les abus signalés dans d’autres établissements. L’organisme assure que ses placements au Maroc sont volontaires, décidés avec les jeunes, leurs parents, les services de protection de l’enfance et les communes, puis suivis par plusieurs intervenants.

Le principal problème reste l’absence de contrôle sur place. L’inspection néerlandaise ne peut pas enquêter à l’étranger, tandis que les travailleurs sociaux et les fonctionnaires municipaux se déplacent rarement dans les établissements concernés. Le suivi repose donc largement sur des appels vidéo, qualifiés de « coquille vide » par Mariëlle Bruning.

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Les autorités connaissent pourtant ces risques depuis 2009. Une nouvelle mise en garde avait été adressée aux communes en 2019, sans que le Parlement en soit informé. Le gouvernement ignore même combien d’enfants relevant de l’aide sociale néerlandaise vivent actuellement à l’étranger : le dernier recensement remonte à 2007 et en comptabilisait alors 330.

La ministre néerlandaise chargée de la jeunesse, Mirjam Sterk, juge la situation préoccupante. Le Parlement a déjà demandé de limiter autant que possible ces placements à l’étranger, sans toutefois les interdire.