Elle a cru voir sa mère se noyer à Ceuta, Sahra ne la laisse plus dormir
Sahra n’a que 5 ans. Depuis la traversée vers Ceuta, elle empêche sa mère de dormir : lorsqu’Assia ferme les yeux, sa fille lui demande de les rouvrir, persuadée qu’elle pourrait mourir après l’avoir crue en train de se noyer.
Assia Ezzaouaq, 33 ans, fait partie des milliers de personnes parties du Maroc lors de l’afflux exceptionnel des 30 et 31 juillet. En quelques heures, quelque 72 000 personnes, essentiellement marocaines selon le ministère espagnol de l’Intérieur, ont rejoint Ceuta, beaucoup en tentant de franchir la frontière à la nage.
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Pour Sahra, cette traversée ne s’est pas arrêtée une fois arrivée sur la rive espagnole. « Non maman, je ne veux pas que tu meures. Ouvre les yeux, maman, reste avec moi », raconte sa mère au Monde.
La très grande majorité des personnes entrées dans l’enclave en est rapidement repartie. Dès le 31 juillet, environ 70 000 avaient regagné le Maroc, selon Madrid. Ceux qui sont restés ont dû composer avec le manque d’hébergement, la faim et des nuits passées dehors.
Des centaines de jeunes toujours à la rue
La situation est particulièrement difficile pour les mineurs. Des centaines de très jeunes migrants se retrouvent dans les rues de Ceuta alors que les structures d’accueil sont saturées. Le président de la ville autonome, Juan Jesus Vivas, évoque un taux d’occupation des centres pour mineurs atteignant « 2 600 % au-dessus de leur capacité critique ».
Certains jeunes ont trouvé refuge dans une zone industrielle située près de la frontière. D’autres se rendent au cimetière musulman Sidi-Embarek pour pouvoir se laver. Le 5 août, un mineur marocain non accompagné y dormait encore.
Dans les quartiers populaires, des habitants tentent de combler les manques. À Principe, Ahmed Atché a ainsi ouvert sa maison à treize jeunes migrants, dont deux filles de 17 ans, originaires notamment de Casablanca, Tétouan et Tanger. Des familles du quartier ont également distribué couvertures, vêtements et jouets aux personnes restées dehors.
Beaucoup de ces jeunes expliquent avoir pris la route après avoir vu circuler sur TikTok et Instagram la même rumeur : « la frontière était ouverte ». Une fois à Ceuta, certains ont découvert une ville paralysée, des commerces fermés et l’absence de solution pour poursuivre leur route vers l’Europe.
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Pour Sahra, l’Europe s’est surtout résumée à quelques minutes dans l’eau et à la peur de perdre sa mère. Plusieurs jours après la traversée, cette peur revient chaque fois qu’Assia ferme les yeux.