« Sur les drones, le Maroc nous bat » : l’aveu d’un ancien lieutenant-colonel espagnol
Le Maroc disposerait désormais d’un avantage sur l’Espagne dans un domaine devenu central pour les armées modernes : les drones. C’est le constat dressé par Francisco Bendala, ancien lieutenant-colonel espagnol, qui reconnaît toutefois la supériorité de Madrid dans les airs et sur mer.
« Dans une guerre avec le Maroc, ils nous battent sur les drones, nous sur les forces navales et aériennes. » Francisco Bendala résume ainsi le rapport de forces qu’il imagine aujourd’hui entre les deux pays.
Cet ancien lieutenant-colonel de l’infanterie espagnole connaît le monde du renseignement. Après être passé par la Garde royale et les unités d’hélicoptères, il a travaillé pendant douze ans au CESID, ancêtre de l’actuel CNI, notamment sur les questions liées au terrorisme arabo-islamiste.
Dans une intervention rapportée par Castillón Confidencial, Bendala estime que l’Espagne conserve une nette supériorité conventionnelle face au Maroc grâce à son aviation et à sa marine.
Mais cette avance cacherait selon lui une faiblesse devenue préoccupante : l’Espagne souffrirait d’un « immense déficit de drones ».
Sur ce terrain, son constat est beaucoup plus favorable aux Forces armées royales. « Le Maroc est au-dessus de nous », estime l’ancien militaire, qui souligne à la fois les achats réalisés par Rabat et le développement d’une production locale.
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Ce constat rejoint les inquiétudes déjà exprimées en Espagne face à l’accélération marocaine dans la guerre des drones. Les FAR ont multiplié ces dernières années les acquisitions d’appareils de différentes catégories et disposent désormais de drones de reconnaissance, d’attaque et de longue endurance provenant notamment de Turquie et d’Israël.
Le Maroc commence aussi à concevoir ses propres drones
La différence ne se limite plus aux achats à l’étranger. Le Maroc cherche désormais à fabriquer et développer directement sur son territoire une partie de ces systèmes.
À Benslimane, le groupe israélien BlueBird Aero Systems a engagé un projet industriel lié aux drones SpyX. La fabrication de drones de conception israélienne au Maroc doit permettre aux Forces armées royales d’acquérir progressivement des compétences industrielles qui dépassent le simple rôle de client.
Un autre projet est en développement à Rabat avec Harmattan AI. L’entreprise travaille actuellement sur un nouveau drone militaire à voilure fixe conçu directement au Maroc, dont les campagnes d’essais doivent être menées sur plusieurs terrains du royaume.
Cette évolution nourrit précisément l’analyse de Bendala. Pour l’ancien officier, les conflits récents ont montré que la supériorité ne dépend plus seulement du nombre d’avions de combat, de frégates ou de chars disponibles.
Les drones permettent de maintenir une surveillance permanente, de frapper à distance et d’engager des équipements relativement peu coûteux sans exposer directement un équipage. Leur rôle en Ukraine et dans plusieurs conflits récents a profondément modifié la manière dont les États-majors envisagent les opérations militaires.
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Bendala ne considère toutefois pas que cette avance technologique donne au Maroc une supériorité militaire générale sur l’Espagne.
Il estime au contraire que Madrid reste clairement devant sur deux composantes majeures : la marine et l’armée de l’air. L’Espagne dispose notamment d’une flotte de combat beaucoup plus importante et d’une aviation comprenant des Eurofighter et des F/A-18.
L’ancien lieutenant-colonel pointe en revanche un autre avantage potentiel du Maroc en cas de crise autour de Sebta ou Melilla : la logistique terrestre. Rabat pourrait déplacer rapidement d’importants effectifs vers le nord du pays, alors que l’Espagne devrait renforcer les deux villes principalement par voie maritime ou aérienne.
Cette comparaison intervient alors que les analyses espagnoles sur l’évolution militaire du Maroc se multiplient. Quelques jours auparavant, un autre lieutenant-colonel espagnol estimait que Rabat avançait déjà face à Madrid sans avoir besoin d’un affrontement militaire direct.
Pour Bendala, le constat est différent et beaucoup plus technique : l’Espagne conserverait sa puissance conventionnelle, mais elle aurait laissé se creuser un retard dans l’un des domaines qui transforme le plus rapidement les champs de bataille.
Et sur ce point précis, son verdict est sans ambiguïté : dans la course aux drones, le Maroc aurait aujourd’hui pris l’avantage.