Rabat se prend un baffle

- 01h01 - Maroc - Ecrit par : L.A

En répondant aux attaques, le groupe de rock Hoba Hoba Spirit, emmené par Réda Allali , incarne une certaine libération de la jeunesse. Réda Allali, leader du groupe de rock marocain Hoba Hoba Spirit, n’avait jamais songé à s’engager contre l’intégrisme. Il n’a pas eu le choix : « En tant que musiciens, on nous attaque tout le temps. Pour nous, s’engager c’est juste se défendre, répondre aux attaques. On nous dit tout le temps : Toi tu joues du rock, du rap, tu n’es pas musulman, pas marocain.

« Bug »

Les attaques les plus violentes viennent du quotidien Attajdid, l’organe du Parti de la justice et du développement, grand favori des élections législatives du 7 septembre prochain. « Après un festival, se rappelle Réda Allali, ils ont écrit que les gens s’étaient dénudés pendant notre spectacle, qu’ils avaient envahi le minaret proche, empêchant les braves croyants d’exercer leur culte, ce qui est faux, évidemment. Ces paroles populistes, qui visent à faire croire aux gens qu’il y a un culte de la débauche, sont dangereuses. Notre engagement n’est pas dans la logique du j’ai mauvaise conscience et je vais chanter pour les sans-papiers . On sait que le danger de censure ou du silence nous menace. »

Avant les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, Réda Allali était « tranquillement » journaliste sportif pour le magazine Tel quel, chanteur et guitariste de Hoba Hoba Spirit, dont le premier tube est une chanson dédiée à sa ville, Bienvenue à Casa. Et puis des amis à lui, ses actuels batteur et guitariste, ont été condamnés d’un mois à un an de prison ferme pour satanisme et « actes pouvant ébranler la foi des musulmans », parce qu’ils portaient des T-shirts noirs avec des têtes de morts. Allali prend finalement la plume, écrit des chansons, des articles. « Derrière cette condamnation, il n’y avait aucune logique et on a trop voulu expliquer ça de manière rationnelle : Le système a voulu envoyer un message à l’encontre des intégristes pour dire qu’il était plus moral qu’eux. On a même dit le contraire : Le système a voulu emprisonner des innocents pour réveiller la jeunesse endormie. Alors que c’était juste un bug débile, le système judiciaire marocain ne savait même plus comment s’en sortir. » Ses amis ont finalement été libérés, et depuis Réda Allalli et Hoba Hoba Spirit se veulent les chantres d’une jeunesse marocaine ­décomplexée.

« Nouveau fascisme »

Pour Allali, le vrai problème du Maroc c’est le silence de son élite intellectuelle et surtout sa question identitaire : « Dans les années 70, le mythe de la nation arabe a été imposé à notre pays, mais la greffe n’a pas pris. L’arabe littéraire n’est jamais entré dans les campagnes mais la télé continue de nous parler dans cette langue. Il y a de quoi être schizophrène quand ta langue parlée n’a rien à voir avec ta langue écrite. »

Plutôt que d’intégrisme religieux, Réda Allali préfère parler de « nouveau fascisme » : « En période de confusion, il est facile de venir avec des certitudes et de désigner l’ennemi. Il est sioniste, américain, étranger ou non musulman et d’un coup, tout s’explique : pourquoi on n’a pas de visa, pourquoi on n’a pas de boulot, pourquoi on n’a pas de repères.

Mais, quand on est contre l’intégrisme, on se met automatiquement dans le camp du système, puisque lui aussi est contre. » Pour les jeunes Marocains modernes, il est bien difficile de vivre entre l’intégrisme des uns et la confusion entretenue par les autres.

Libération - Stéphanie Binet

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