L’Espagne peut-elle vraiment « éteindre » l’économie du Maroc ?

- 10h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

Un journal espagnol présente les câbles électriques reliant les deux pays comme le « cordon ombilical » du Maroc et assure qu’ils pourraient « éteindre » son économie. La réalité de cette dépendance est pourtant plus complexe.

Sous le détroit de Gibraltar passent des infrastructures dont on parle rarement. Trois câbles sous-marins de 29 kilomètres composent chacun un circuit électrique reliant Tarifa, en Espagne, à Fardioua, au Maroc. Ils descendent jusqu’à 620 mètres sous la surface. Red Eléctrica confirme ces caractéristiques techniques.

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C’est sur cette liaison que le quotidien espagnol El Mundo construit un article particulièrement offensif. Son titre assure que ces 29 kilomètres de câble peuvent « éteindre » l’économie marocaine et les présente comme le « cordon ombilical » du royaume. Selon le journal, Rabat en aurait besoin pour stabiliser le système électrique sur lequel repose sa politique industrielle.

L’interconnexion est effectivement importante. Le premier circuit est entré en service en 1997 et le second en 2006. Ce dernier a permis de porter la capacité technique totale à 1 400 MW. Red Eléctrica expliquait alors que ce renforcement devait garantir la sécurité et la fiabilité de l’approvisionnement et apporter davantage de stabilité aux systèmes électriques.

Un « cordon ombilical » qui fonctionne dans les deux sens

Mais présenter cette infrastructure comme un simple interrupteur espagnol capable de mettre le Maroc à genoux masque une caractéristique essentielle : l’interconnexion fonctionne dans les deux sens. Madrid et Rabat ont d’ailleurs décidé d’en renforcer encore les capacités avec une troisième liaison de 700 MW. Le projet figure toujours dans la planification espagnole à horizon 2030.

Surtout, l’Espagne en a elle-même constaté l’utilité le 28 avril 2025. Lors de la panne historique qui avait plongé la péninsule ibérique dans le noir, la connexion avec le Maroc a été réactivée dès les premières étapes du rétablissement du réseau. Devant le Congrès espagnol, Pedro Sánchez avait cité les interconnexions avec la France et le Maroc, avec les centrales hydroélectriques et les cycles combinés, parmi les moyens ayant permis la récupération rapide du système.

Bladi avait d’ailleurs relaté à l’époque ce coup de pouce marocain à l’Espagne. L’épisode apporte aujourd’hui une réponse inattendue à la formule d’El Mundo : les câbles sous le détroit constituent bien une infrastructure stratégique pour le Maroc, mais l’Espagne considère elle aussi cette connexion avec son voisin du sud comme un élément utile à la sécurité et à l’intégration de son propre réseau électrique.

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Et ce lien est appelé à devenir encore plus stratégique. En 2019, Red Eléctrica expliquait que la troisième interconnexion devait permettre notamment d’intégrer davantage d’électricité renouvelable marocaine au système européen. Autrement dit, les 29 kilomètres présentés aujourd’hui comme le « cordon ombilical » du Maroc pourraient demain transporter toujours davantage d’électricité dans l’autre direction.