Électricité : le Maroc veut brancher la France sans passer par l’Espagne
Le Maroc et la France étudient la création d’une liaison électrique directe sous la Méditerranée. Ce futur câble permettrait d’acheminer l’électricité renouvelable marocaine vers le réseau français sans passer par les interconnexions espagnoles.
Rabat et Paris ont lancé un appel à manifestation d’intérêt destiné à identifier les solutions techniques et commerciales permettant de relier directement leurs réseaux électriques. L’annonce a été faite lors de la 15e réunion de haut niveau franco-marocaine, tenue le 16 juillet à Rabat.
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Cette démarche ne constitue pas encore une décision de construire le câble. Elle doit d’abord permettre de sonder les investisseurs, les énergéticiens, les gestionnaires d’infrastructures et les organismes de financement afin d’évaluer la faisabilité du projet.
L’une des hypothèses déjà étudiées prévoit une liaison sous-marine à courant continu haute tension entre Nador et Fos-sur-Mer, dans le sud de la France.
Ce tracé pourrait atteindre environ 1 300 kilomètres et traverser des zones de la Méditerranée profondes de près de 2 800 mètres. Sa capacité théorique pourrait s’élever à 2 000 mégawatts, mais ces caractéristiques n’ont pas encore été définitivement retenues par les deux gouvernements.
Une nouvelle route qui contourne l’Espagne
L’intérêt stratégique du projet réside dans son caractère direct. Le Maroc est actuellement relié au réseau électrique européen par deux câbles sous-marins avec l’Espagne. Une liaison avec la France lui offrirait donc un accès supplémentaire au marché continental, sans faire transiter son électricité par le réseau espagnol.
Ce nouveau corridor ne remplacerait pas les connexions existantes. Il permettrait plutôt de diversifier les routes d’échange, de réduire la dépendance envers un passage unique et de contourner certains goulets d’étranglement entre la péninsule Ibérique et le reste de l’Europe.
Le câble pourrait être conçu pour fonctionner dans les deux directions. Le Maroc pourrait exporter de l’électricité lorsque sa production solaire ou éolienne est abondante, mais également en importer lorsque la demande intérieure ou les conditions du marché l’exigent. Les documents disponibles mettent toutefois principalement l’accent sur les exportations marocaines vers la France.
Une ancienne estimation attribuée au gestionnaire français RTE évaluait le coût moyen du projet à environ 6,2 milliards d’euros. Cette somme pourrait varier entre 4,4 et 9,4 milliards selon le tracé, le prix des câbles, les stations de conversion et les difficultés rencontrées sur le fond marin. Il ne s’agit cependant pas d’un budget officiel.
Avant toute décision d’investissement, des études géologiques, sismiques et environnementales seront nécessaires. Les promoteurs devront également définir le modèle de financement, la tarification du transport de l’électricité et la répartition des risques entre acteurs publics et privés.
Pour alimenter durablement cette liaison, le Maroc devra probablement construire de nouvelles centrales solaires et éoliennes, développer ses capacités de stockage et renforcer son réseau national. Le royaume vise une part de 52 % d’énergies renouvelables dans sa capacité électrique installée à l’horizon 2030.
Le projet pourrait ainsi offrir aux producteurs marocains un débouché européen de long terme et attirer de nouveaux investissements. Pour la France, il constituerait une source supplémentaire d’électricité à faible émission de carbone.
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Aucune mise en service prochaine n’est néanmoins envisagée. Les grands câbles électriques sous-marins exigent généralement plusieurs années d’études, d’autorisations, de financement et de travaux. L’appel à manifestation d’intérêt marque donc une première avancée concrète, mais le pont électrique entre le Maroc et la France reste encore loin du chantier.