Maroc : la promesse inachevée du solaire

- 13h00 - Maroc - Ecrit par : S.A

Aux portes du Sahara, le Maroc a bâti l’une des plus grandes centrales solaires au monde. Pourtant, malgré cette ambition affichée, les énergies fossiles continuent de dominer le réseau électrique national, freinant la transition écologique du pays.

À Ouarzazate, la centrale Noor s’étend sur près de 500 hectares et peut alimenter plus d’un million de foyers. Contrairement aux panneaux photovoltaïques classiques, cette installation s’appuie sur deux millions de miroirs géants. Ces derniers concentrent les rayons du soleil vers une tour de 247 mètres de haut pour faire fondre du sel à 600 degrés Celsius. Ce procédé génère de la vapeur et fait tourner des turbines, permettant de produire de l’électricité même après le coucher du soleil.

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Malgré cette prouesse technologique, la population locale ne profite pas d’une énergie bon marché et reste dépendante du gaz butane. Les Marocains consacrent environ 110 dollars par mois à l’électricité, sur un revenu moyen de 550 dollars. Cette situation s’explique par la forte dépendance du royaume aux importations d’hydrocarbures, qui couvrent 90 % de ses besoins de consommation. Le charbon, le pétrole et le gaz représentent ainsi 48 % des émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie dans le pays.

Le réseau électrique national souffre de limites structurelles qui ralentissent la transition, comme le souligne une analyse de la DW. Si le pays dispose de la technologie nécessaire pour générer 46 % de son électricité grâce aux renouvelables, la production réelle atteignait à peine la moitié de ce potentiel en 2023. Intissar Fakir, spécialiste à l’Institut du Moyen-Orient, rappelle que « le Maroc doit encore investir dans la capacité de son réseau » pour mieux intégrer cette production au quotidien, notamment en développant des solutions de stockage.

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Cette stratégie nationale, majoritairement axée sur les mégaprojets, fait par ailleurs l’objet de critiques. Le fonctionnement de la centrale exige d’importantes quantités d’eau pour nettoyer le sable accumulé sur les miroirs, et des terres de pâturage ont été réquisitionnées sans véritable concertation préalable. Les habitants de la région expriment aujourd’hui leur amertume, à l’image d’Imrane, 83 ans, qui dénonce des factures électriques toujours inaccessibles et affirme que la concentration solaire a fait grimper les températures dans les villages environnants.