Sebta révèle qui commande vraiment entre le roi Mohammed VI et Pedro Sánchez
L’Espagne possède une économie dix fois plus importante, mais le Maroc dispose des leviers les plus immédiats. La crise de Sebta a révélé la fragilité de Pedro Sánchez face à Mohammed VI, estime la presse économique britannique.
Les deux pays sont liés par le commerce, la lutte contre l’immigration irrégulière et l’organisation de la Coupe du monde 2030. Cette interdépendance ne les place toutefois pas à égalité lorsqu’une crise éclate.
Sur Bladi.net : Espagne-Algérie : le bras de fer se termine en camouflet pour Alger
La traversée massive vers Sebta a montré la puissance du levier migratoire marocain, analyse le Financial Times. Madrid a pourtant évité d’accuser directement Rabat. Pedro Sánchez a au contraire salué la coopération marocaine, qui a permis le retour rapide de la majorité des personnes entrées dans la ville.
Cette prudence illustre la dépendance de l’Espagne envers son voisin pour contrôler sa frontière méridionale.
Le tournant du Sahara
Le rapport de force s’était déjà manifesté en 2021, lorsque l’Espagne avait accueilli secrètement Brahim Ghali, chef du Front Polisario, afin qu’il y soit soigné. Le Maroc avait dénoncé un manque de respect. Peu après, au moins 8 000 personnes avaient rejoint Sebta en quelques heures.
Un an plus tard, Pedro Sánchez rompait avec la position historique de l’Espagne en soutenant le plan marocain d’autonomie pour le Sahara. Pour les analystes cités par le quotidien britannique, Rabat avait compris que Madrid avait davantage besoin du Maroc que le Maroc de l’Espagne.
Les sujets de tension n’ont pas disparu. L’Espagne cherche à préserver ses liens avec l’Algérie, tandis que le Maroc ne reconnaît pas la souveraineté espagnole sur Sebta et Melilla.
Rabat dispose également d’un avantage à Washington. Donald Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara en 2020 et entretient de bonnes relations avec Mohammed VI. Pedro Sánchez s’oppose, lui, au président américain sur plusieurs dossiers.
Sur Bladi.net : Après Sebta, l’Europe veut payer davantage le Maroc pour verrouiller la frontière
Malgré les discours sur le partenariat stratégique, les contacts directs entre Mohammed VI et Pedro Sánchez restent rares. Pour le Financial Times, la crise a surtout rappelé une réalité au chef du gouvernement espagnol : lorsque la relation se tend, le roi du Maroc dispose des leviers qui produisent les effets les plus immédiats en Espagne.