Les étudiants marocains boudent les universités canadiennes

- 14h00 - Monde - Ecrit par : P. A

Les étudiants étrangers et notamment marocains s’inscrivent de moins en moins dans les universités québécoises, une situation qui a un impact négatif direct sur les finances de ces établissements d’enseignement supérieur.

« Comme les étudiants ont le droit de modifier leur inscription sans frais jusqu’à la troisième semaine de septembre, on ne connaîtra pas le chiffre définitif avant la fin du mois. Mais si on se base sur les demandes d’admission du printemps dernier, ça va faire mal », déclare auprès du Devoir Claude Blanchette, recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et président du Bureau de coopération interuniversitaire, évoquant une baisse de près de 25 % des inscriptions des étudiants étrangers. La situation est plus critique à l’université de Laval où une baisse de 60 % est notée, selon le vice-recteur aux affaires internationales et au développement durable, François Gélineau. À l’UQAM, la baisse est de 39 %, selon le recteur Stéphane Pallage, et de près de 15 % à l’Université Concordia, à en croire son recteur et vice-chancelier, Graham Carr, qui explique que « c’est parce que, contrairement aux établissements francophones qui n’ont été touchés que cette année, nous avions subi une baisse de 30 % l’an dernier. »

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Le recteur de l’Université de Concordia précise qu’en dehors de cette baisse des inscriptions des étudiants étrangers, une baisse de 28 % des inscriptions d’étudiants d’autres provinces canadiennes a été observée en 2024, due à une hausse importante de leurs frais de scolarité. « Ça s’est stabilisé sur ce front cette année, mais le mal est fait », souligne-t-il. Selon un rapport de l’agence de notation Moody’s daté du 21 juillet 2025, la restriction du recrutement des étrangers imposée par les gouvernements du Canada, du Royaume-Uni, de l’Australie et du Québec à leurs universités, a placé ces dernières dans une situation financière critique. A en croire les recteurs, l’effet de cette mesure se ressentira sur plusieurs années. « Non seulement la baisse de cette année s’ajoute à celle de l’an dernier, mais ce sont des étudiants qu’on n’aura pas pour les autres années de scolarité. Et c’est sans compter l’impact sur l’ensemble des cycles supérieurs », développe François Gélineau.

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Pour Claude Blanchette de l’UQTR, « le dommage causé par la chute du recrutement international est également structurel, économique et réputationnel ». Les étudiants étrangers comptent pour au moins 72 % du recrutement dans les programmes de maîtrise et de doctorat en génie, plus de 50 % dans les programmes de science, de droit, de mathématiques et informatique, 40 % des doctorants de gestion, et plus de 30 % en soins de santé, selon une étude du cabinet-conseil en gestion Volume 10 intitulée Savoirs sans frontières et portant sur les répercussions économiques de ces étudiants. « Au niveau du baccalauréat, plusieurs programmes de niche très spécialisés sont aussi menacés », alerte Claude Blanchette. « Les étudiants internationaux, ce n’est pas juste pour faire du chiffre. Ce sont de très bons étudiants à temps plein, très motivés au départ, et qui doivent avoir de bons résultats s’ils veulent pouvoir renouveler leur permis d’études », fait observer Graham Carr de l’Université Concordia.

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Et François Gélineau de renchérir : « Ils viennent enrichir nos salles de cours, ils nous permettent d’embaucher des profs de calibre international qui veulent des étudiants de deuxième cycle dans leur entourage. » D’après la même étude, l’apport financier des 57 400 étudiants étrangers présents au Québec est estimé à 4,2 milliards de dollars, soit une hausse de 60 % par rapport à 2018. Pour sa part, Stéphane Pallage invite le gouvernement à « corriger le tir en disant d’une voix forte que les étudiants internationaux sont les bienvenus. Parce que deux ans de débats publics là-dessus ont fait des dommages terribles à la réputation du Québec dans la francophonie. J’étais au Maroc l’an dernier et tous les recteurs me demandaient ce qui se passait. » Et d’ajouter : « Au fond, ce qu’on demande, c’est que le gouvernement considère les universités québécoises comme un lieu d’intégration des étudiants internationaux. »

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