En France, ces enfants marocains qui ne parlent plus arabe
En France, transmettre la langue du pays aux enfants n’a rien d’automatique. Dans certaines familles marocaines, l’arabe recule face au français, langue de l’école et de l’extérieur. Entre pression sociale, solitude familiale et hiérarchie des langues, des parents finissent par renoncer.
Parler arabe à son enfant en France peut devenir un combat intime. Dans un article consacré à la transmission des langues familiales, Le Monde raconte ces parents immigrés ou descendants d’immigrés qui ne parviennent pas toujours à transmettre leur langue natale à leurs enfants.
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Le cas de Hicham, né au Maroc et installé à Marseille, illustre ce dilemme. Marié à Laura, une Italienne, il a essayé de parler arabe à leur fille Anya pendant ses premières années. Puis, peu à peu, il a arrêté, sans vraiment s’en rendre compte.
Lui explique s’être heurté à des regards insistants lorsqu’il parlait arabe à sa fille dans la rue. Un malaise qu’il ne ressentait pas de la même manière avec d’autres langues. À ses yeux, cela traduit les préjugés qui entourent encore l’arabe en France.
Il y avait aussi la solitude linguistique. Hicham était le seul arabophone de la famille et ne disposait pas d’un entourage suffisamment présent pour l’aider à maintenir cette transmission au quotidien. À la maison, l’italien a fini par s’imposer comme langue familiale.
L’arabe moins valorisé que d’autres langues
Le phénomène dépasse le seul cas marocain. Selon une étude de l’Insee citée par Le Monde, 59 % des descendants d’immigrés déclarent avoir une langue étrangère comme langue familiale de référence. Mais à l’âge adulte, seuls 16 % la lisent, l’écrivent, la parlent et la comprennent très bien.
La linguiste Anna Stevanato rappelle que toutes les langues ne sont pas perçues de la même manière. L’anglais, l’allemand, l’espagnol ou l’italien sont souvent valorisés. L’arabe, lui, suscite davantage de crispations en France. Selon elle, cette langue est sept fois moins transmise que l’anglais.
Pour les familles marocaines, la question peut être encore plus complexe. Hicham regrette aussi que ses propres parents ne lui aient pas transmis l’amazigh. La perte ne concerne donc pas seulement les enfants nés ou élevés en France, mais parfois plusieurs générations.
La transmission reste pourtant possible. Hicham ne considère pas que tout soit perdu. Sa femme apprend aujourd’hui l’arabe pour aider à combler ce manque et redonner une place à cette langue dans la famille.
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Dans beaucoup de foyers marocains de France, la langue du pays se joue ainsi dans des gestes simples : une chanson, une phrase, une expression qui revient. Mais elle demande du temps, un environnement et une confiance que tous les parents n’ont pas toujours. Pour certains, transmettre l’arabe ou l’amazigh devient alors bien plus qu’un apprentissage : une manière de ne pas couper le fil avec le Maroc.