L’amazigh en péril chez les Marocains de France

- 20h00 - France - Ecrit par : Bladi.net

La transmission de la langue amazighe décline drastiquement au sein de la diaspora marocaine en France. Une étude menée en Île-de-France révèle une perte quasi totale du chleuh au profit du français dès la quatrième génération.

La survie de l’identité amazighe repose désormais sur des stratégies familiales complexes pour contrer un effacement linguistique préoccupant. Selon les recherches de Radia Sami, le passage d’une première génération monolingue en tachelhit à une jeunesse presque exclusivement francophone en France illustre une rupture historique. Ce phénomène transforme progressivement la langue maternelle en un héritage symbolique, déconnecté des pratiques quotidiennes de la diaspora.

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L’analyse menée auprès de familles tri-générationnelles en région parisienne montre que la pression sociale de l’environnement immédiat favorise l’usage dominant du français. Les entretiens et tests linguistiques confirment une érosion profonde du lexique et des structures grammaticales chez les plus jeunes. Pour ces foyers, l’équilibre entre l’intégration réussie dans la société française et la préservation des racines berbères constitue un défi identitaire permanent.

Pour freiner ce déclin, certaines familles instaurent une véritable « politique linguistique implicite » au sein du foyer. Ces stratégies incluent l’usage exclusif de la langue à la maison, des voyages réguliers au Maroc et le recours croissant aux plateformes numériques. Les réseaux sociaux et les contenus en alphabet tifinagh sur YouTube ou Instagram deviennent des outils modernes pour réengager les nouvelles générations dans l’apprentissage de leur culture d’origine.

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La préservation de ce patrimoine dépasse toutefois le cadre strictement verbal pour englober les traditions culinaires, vestimentaires et artisanales. Si la reconnaissance constitutionnelle de l’amazighe au Maroc a renforcé sa légitimité, la chercheuse souligne que la langue reste socialement moins valorisée que le français ou l’arabe dans les milieux urbains et à l’étranger. La continuité de cette culture millénaire dépendra de la capacité des institutions et des familles à conjuguer héritage et modernité.