France : Pour les élèves, un Français ne peut être que blanc

- 00h00 - France - Ecrit par : L.A

Très vite, les élèves ont su que leur prof d’histoire avait eu une petite fille. Ils lui ont alors demandé des photos. Sur l’une d’elles, on voit le petit cousin penché sur le berceau. « Mais, monsieur, c’est pas un renoi, lui ? », s’est exclamé un élève.

Guillaume Delmas, qui confiait dans Libération du 6 mars sa passion d’exercer au collège Jean-Vilar de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, a alors expliqué que le petit était en effet métis, né de mère française et de père zaïrois. « Pour eux, qui sont en quasi- totalité d’origine étrangère, un Français ne peut être que blanc, non musulman, et habitant hors des cités. Un prof peut avoir une petite fille blanche, mais un neveu de couleur, ça ne marche pas. »

Depuis les propos de Nicolas Sarkozy, proposant de l’inclure dans « un ministère de l’Immigration », l’identité nationale est devenue un thème de campagne. Et, dans son collège Ambition Réussite, label réservé aux établissements les plus difficiles, Guillaume Delmas est bien placé pour mesurer le caractère sensible du sujet. A deux reprises, il a l’occasion de l’aborder en classe. En quatrième, dans le cadre du cours sur la Révolution française, il étudie l’origine historique des symboles de la République. « Ça ne pose guère de problème. » Les choses se corsent lorsque, en cours d’éducation civique en troisième, on aborde les principes qui régissent la Constitution et la citoyenneté. « Ils ont un mal fou à se sentir citoyens français. Très vite, ils disent : "Je suis marocain" ou "Je suis algérien", alors qu’ils sont bien français, car nés en France ou de parents naturalisés français. Mais ils ont intégré le discours du rejet et du racisme. J’avoue que, lorsque je suis arrivé dans ce collège, je n’imaginais pas cela. Je croyais que ces élèves voudraient se battre pour voir reconnu leur statut de Français, avec les devoirs et les droits qui vont avec. »

Pour expliquer « l’échec total du discours généreux de l’intégration à la Française », il renvoie aux politiques menées, particulièrement ces cinq dernières années où Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur. « Lorsque nous évoquons ce que se signifie dans les faits l’égalité, les élèves parlent de discriminations, de leurs cités ghettos, des contrôles de police au faciès. Ils ne se sentent pas égaux en droits. D’où l’idée qu’un citoyen français, ça ne peut être que blanc. »

Militant au Snes, le principal syndicat du secondaire, et sympathisant socialiste, il s’était résolu à voter Ségolène Royal le 22 avril, malgré les bourdes de la candidate à l’égard des enseignants. Aujourd’hui, il est plus convaincu. « Lorsqu’elle est venue ici, elle a dit que les jeunes de banlieue n’étaient pas le problème, mais bien une partie de la solution. A l’exact opposé de la politique communautariste, ethnique et sécuritaire actuelle. »

Libération.fr - Véronique Soule

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