France : Quand les maires débauchent les beurs

- 10h24 - France - Ecrit par : L.A

Enrôlé par Aeschlimann dans son cabinet municipal en vue de draguer l’électorat d’origine maghrébine, Bentebra est désormais son adversaire.

Mohamed Bentebra, citoyen français d’origine marocaine, habite Asnières depuis trente-trois ans. Fonctionnaire territorial, animateur en charge des jeunes des quartiers, il avait eu l’outrecuidance, au printemps 2004, de se présenter aux élections cantonales.

Son score honorable (5 %) avait alors tinté aux oreilles de Manuel Aeschlimann, député-maire (UMP) d’Asnières, qui l’embauche illico comme chargé de mission au sein de son propre cabinet municipal, en vue de séduire l’électorat d’origine maghrébine.

Procédure disciplinaire. Tout baigne jusqu’en septembre 2006, quand le maire divorce de son directeur de cabinet et homme à tout faire, Francis Pourbagher. Ces deux amis de dix ans sont depuis en guerre ouverte, adversaires lors des prochaines élections législatives. Mohamed Bentebra, proche du second, devient la cible du député-maire.

En janvier 2007, la municipalité d’Asnières lance une procédure disciplinaire contre lui. Entre autres griefs : « Manquements à l’obligation de réserve, à l’obligation de neutralité politique, à l’obligation d’obéissance hiérarchique. »

L’accusation ne manque pas de sel, s’agissant d’un Beur monté en grade dans le but de traduire son militantisme en bulletins de vote ­ officiellement pour « maintenir un lien entre la mairie et les jeunes issus de l’immigration ». D’autant que sa mise en accusation est signée du directeur général des services, Bernard Loth, ancien militant FO qui ne fait pas mystère de ses propres ambitions politiques...

La section CGT de la ville d’Asnières est venue au secours de Mohamed Bentebra, bien que leurs engagements politiques soient éloignés, rappelant à Manuel Aeschlimann le « respect de sa liberté d’expression », au motif que « tout fonctionnaire dispose de droits individuels et ne peut être inquiété pour ses opinions syndicales ou religieuses ».

Distribution de tracts. La Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations) ayant refusé l’appel au secours de Bentebra, ce dernier passera la semaine prochaine devant le conseil de discipline de la fonction publique territoriale. Comme élément à charge, la mairie d’Asnières produit des PV signés par sa police municipale, selon laquelle le Beur de service aurait été vu en train de distribuer des tracts électoraux. Comme si elle n’avait rien d’autre à faire que de surveiller les opposants au maire.

Libération.fr - Renaud Lecadre

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