La France veut moins de cadmium, mais risque de devenir dépendante du Maroc
La commission des affaires économiques du Sénat français veut reporter à 2034 une norme stricte sur le cadmium dans les engrais, initialement prévue pour 2030. Elle redoute une dépendance excessive au groupe marocain OCP et une nouvelle hausse des prix pour les agriculteurs.
Quatre années de délai supplémentaires pour éviter de dépendre trop fortement du Maroc. Le 14 octobre, la commission des affaires économiques du Sénat a modifié le calendrier d’une proposition de loi sur le cadmium, un métal toxique présent dans certains engrais phosphatés. Elle propose désormais d’attendre 2034, au lieu de 2030, pour imposer le seuil le plus exigeant, selon son rapport n° 53.
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La première étape est également décalée : la limite de 40 milligrammes de cadmium par kilogramme de P₂O₅ passerait de 2027 à 2029. Le seuil suivant, fixé à 20 milligrammes, serait repoussé de 2030 à 2034. Ces amendements ont été adoptés en commission, pas définitivement votés par le Parlement.
Pourquoi cette prudence ? La France importe l’intégralité de ses engrais phosphatés, rappelle le rapport. Avec une limite de 20 milligrammes, le nombre de fournisseurs capables de respecter la norme pourrait fortement diminuer. Les sénateurs redoutent une hausse des coûts et un marché dominé par quelques producteurs.
OCP pourrait devenir incontournable pour les agriculteurs français
Le groupe marocain occupe une position particulière. OCP affirme maîtriser un procédé de décadmiation permettant de produire des engrais à faible teneur en cadmium. Selon les sénateurs, les autres fournisseurs français n’ont pas encore développé cette technologie. Mais une inconnue demeure : les volumes qu’OCP serait réellement capable de livrer ne sont pas établis.
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Le report divise les sénateurs. Jean-Claude Tissot, du groupe socialiste, défend l’échéance de 2030. « Nous irons nous approvisionner ailleurs qu’au Maroc », lance-t-il, estimant que la santé publique doit primer sur les arguments économiques. Le rapporteur Christian Klinger insiste, lui, sur les difficultés industrielles et les risques pour les exploitants agricoles.
La commission propose également un rapport gouvernemental au 1er janvier 2031 pour réévaluer le calendrier. L’objectif de réduction du cadmium, qui s’accumule dans les sols et peut contaminer l’alimentation, demeure. Mais le texte doit poursuivre son parcours parlementaire : l’échéance de 2034 n’est pas encore inscrite définitivement dans la loi.