La France veut éliminer le cadmium de ses engrais, mais ne peut pas se passer du Maroc

- 11h00 - France - Ecrit par : Farid Laamoudi

La France accélère la réduction du cadmium dans les engrais phosphatés, dont elle s’approvisionne largement au Maroc. Le plafond doit tomber à 20 milligrammes en 2030. Mais Paris garde la possibilité de revoir ce calendrier, notamment pour éviter des difficultés d’approvisionnement.

Le gouvernement français a annoncé une baisse en trois étapes : 60 milligrammes de cadmium par kilogramme d’anhydride phosphorique, ou P₂O₅, dès janvier 2027, puis 40 en 2028 et 20 en 2030. Cette trajectoire, présentée par le ministère de la Transition écologique, accélère nettement le projet initial, qui repoussait le dernier seuil à 2038.

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Pour l’agriculture française, l’adaptation passe notamment par les fournisseurs marocains. Selon Le Monde, le Maroc fournit une très grande partie des engrais phosphatés importés par la France. Le durcissement des normes soulève donc une question industrielle autant que sanitaire : disposer de produits moins chargés en cadmium, en quantité suffisante et à des prix accessibles.

Un rapport interministériel publié en mai avait déjà averti que la réduction des teneurs aurait un effet important sur l’approvisionnement national et probablement sur les prix. La France importe tout son phosphore minéral, rappelle le ministère de l’Agriculture. Les ressources à faible teneur en cadmium restent limitées, dans un marché soumis à de fortes contraintes géopolitiques.

OCP affirme déjà fournir des engrais bas-cadmium

Le groupe marocain assure avoir développé des procédés permettant de retirer une partie du cadmium avant la fabrication des fertilisants. Il affirme proposer à ses clients européens des engrais sous le seuil de 20 milligrammes, celui que la France entend atteindre en 2030. Cette adaptation annoncée par OCP place ses capacités de traitement au cœur du dossier.

Les agriculteurs français surveillent aussi la facture. La FNSEA se dit favorable à l’abaissement des seuils, mais demande des engrais à des prix abordables. Le gouvernement a conservé une marge de manœuvre : sur la base de rapports des inspections générales, il pourra adapter les échéances en tenant compte des technologies disponibles, des facteurs économiques et de la sécurité d’approvisionnement.

Cette clause suscite la méfiance du député écologiste Benoît Biteau. Il veut poursuivre l’examen de sa proposition de loi, adoptée en première lecture en juin, pour inscrire la réduction dans un cadre qu’il juge plus solide qu’un décret modifiable par le gouvernement.

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L’urgence sanitaire explique l’accélération française. Naturellement présent dans certaines roches phosphatées, le cadmium peut s’accumuler dans les sols, passer dans les cultures puis dans l’organisme. L’Anses demande de réduire les apports à la source, notamment par les engrais.

Les effets sur les terres agricoles seront toutefois longs : l’agence évoque plusieurs décennies avant que leur contamination commence à diminuer. La première échéance industrielle arrive bien plus vite, avec le passage au plafond de 60 milligrammes dès le 1er janvier 2027.