Dans la guerre des drones, le Maroc possède ce que l’Espagne ne peut pas acheter
L’Espagne pourra armer ses drones et moderniser ses logiciels, mais elle ne pourra pas acheter l’expérience déjà accumulée par le Maroc. Après près de six années d’opérations, les FAR disposent d’un savoir-faire que Madrid commence seulement à construire.
Les quatre MQ-9 Reaper espagnols basés à Talavera la Real sont toujours désarmés, alors qu’ils ont été livrés à partir de 2019 avec les équipements nécessaires à l’emport de missiles. Leur armement a pourtant été envisagé ou annoncé à plusieurs reprises depuis 2017.
Madrid a franchi une nouvelle étape en août 2025 avec une commande auprès de Lockheed Martin. Mais selon l’analyse publiée dimanche 14 septembre par Escudo Digital, les premiers Reaper espagnols ne devraient pas disposer d’une capacité de frappe opérationnelle avant 2027, voire 2028.
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Il ne suffira pas d’installer des missiles. Les équipages devront être certifiés, les règles d’engagement définies et des tirs de qualification organisés. L’Espagne devra surtout acquérir une doctrine et une expérience que le Maroc développe déjà sur le terrain.
Une expérience que la livraison d’un missile ne remplace pas
Le Maroc utilise des drones armés dans ses opérations contre le Polisario depuis la reprise des hostilités en novembre 2020. Des frappes réalisées avec des Wing Loong chinois et leurs missiles Blue Arrow 7 ont notamment été documentées et géolocalisées par des analystes indépendants.
Cette expérience ne se limite pas au pilotage des appareils. Elle concerne toute la chaîne nécessaire à une frappe : identification formelle de la cible, transmission des informations, autorisation de tir, choix de la munition et évaluation des résultats.
Pour Escudo Digital, c’est précisément cet apprentissage opérationnel qui sépare aujourd’hui les deux pays. Le constat rejoint celui d’un ancien lieutenant-colonel espagnol, qui reconnaissait récemment l’avance marocaine dans le domaine des drones.
Le royaume a également choisi d’acquérir ses appareils avec leur armement. Les premiers Bayraktar TB2 commandés en 2021 étaient accompagnés de munitions guidées MAM-C et MAM-L. Rabat travaille parallèlement à la production locale de drones militaires et au développement de nouveaux modèles.
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L’autre programme espagnol, le SIRTAP, reste encore plus éloigné du combat. Sa version de surveillance doit entrer en service à partir de 2027, tandis que sa déclinaison armée n’a toujours ni contrat ni calendrier. On estime qu’elle ne pourrait devenir opérationnelle qu’en 2029 ou 2030.
Cette avance ne signifie pas que le Maroc possède une supériorité militaire générale sur l’Espagne. Madrid conserve des avantages importants dans l’aviation de combat, la marine, les capteurs et son intégration à l’OTAN. Mais dans l’emploi opérationnel des drones armés, l’écart se compte désormais en années — et cette expérience ne peut pas être livrée avec les appareils.