Lavapiès un coin du Maroc à Madrid

- 22h58 - Espagne - Ecrit par :

Lavapiès est un quartier cosmopolite d’une extrême hospitalité. On y rencontre de toutes les origines : Marocains, Algériens, Indous, Sénégalais, Guinéens, Chinois, Bangladais, Boliviens, Vénézuéliens... Un coin de terre où les cinq continents sont à peu près représentés à mesures inégales comme c’est le cas en dehors des quartiers ghettos très chers à l’Europe.

“Es una mierda”. Dans le jargon universel, on se passe bien de traduire une telle phrase non dite mais presque crachée au visage de tous ceux qui s’aventurent à Lavapiès pour s’enquérir des affaires des Marocains après le 11 mars 2004 et les macabres attentats de Madrid. “Tout le monde a eu ce qu’il voulait dans cette affaire. Les Marocains sont aujourd’hui les boucs émissaires. On les conduit aux abattoirs et on lâche les chiens fous pour leurs bouffer la chair. C’est cela qui arrive maintenant. Je ne veux défendre personne et ce Zougam n’est ni un ami ni un frère. Je ne le connaissais même pas, jusqu’au jour où on l’a sorti avec un sac poubelle sur la tête. C’est une grosse #### dans laquelle tout le monde patauge aujourd’hui et vous savez pourquoi ? C’est simple, les Espagnols nous avaient à l’œil, là ils nous tiennent et ce n’est que le début. C’est moi qui vous le dit. Entiendes ? ”

“La politique, c’est des conneries”

Lavapiès est un quartier-village où il fait bon vivre. Situé à quelques encablures du centre officiel de Madrid, il est à deux stations de métro de la Puerta del Sol. Quand on sort des sous-sols de la ville, on monte les escaliers avec cette enseigne Lavapiès ceinturée de rouge qui vous indique déjà que vous êtes au cœur du fameux quartier dont tout le monde en parle aujourd’hui. La bouche de métro donne sur un petit jardin, une espèce de place un peu étriquée, mais qui respire une vie sans bornes. On rencontre toute une panoplie de visages qui sont autant d’origines, autant d’identités stationnées dans les lieux pour affirmer leurs appartenances et surtout échapper à la morosité de la vie. Sur cette place, on occupe les bancs publics, on sort son litre de bière Mahou et on picole. On se parle, on pousse de la voix, on se raconte des blagues, les tourments de la vie et on tourne le dos à la politique : “La politique, c’est la plus grosse connerie de la vie. Déjà que je n’ai pas assez de temps pour vivre, croyez-vous vraiment que je vais le perdre à commenter la victoire de Zapatero ou la défaite de cet intégriste d’Aznar ? Non, j’ai mieux à faire, amigo. Ici je viens rompre le dos au destin, je bois un coup et je me marre, je me fous de la vie et du reste et surtout je fais un gros bras d’honneur aux politicards suceurs de sang ”.
Pour le reste du monde qui s’agglutine sur la place, la vie prend des allures de longue ballade pas si tranquille que cela, émaillée d’accros avec la routine, le besoin, la frustration et la colère. Oui, à Lavapiès, on renifle cette rage rongée de l’intérieur et qui ne sait plus quel chemin prendre pour éclater. Le magma a perdu le nord et les fissures de la vie ne permettent pas au dôme de se former pour le panache final. “Je rouspétais beaucoup au début parce qu’un #### de La Guardia Civil m’embête pour le plaisir ou pour me faire savoir qu’il est le chef. Mais là, je suis huilé, je laisse couler et si on vient me chercher je tourne le dos et j’en ris. Savez-vous pourquoi ? Parce que je suis un problème pour eux alors que pour moi, ils sont tous inexistants ”.

“Je ne vais pas rentrer au pays ”

Lavapiès est un carrefour. Un rond-point de toutes les races où l’on s’appuie sur ses frères du pays sans pour autant vivre ghettoïsés. “Je vis entre les Marocains, explique Abdelilah, un jeune homme natif de Kénitra qui tient une boutique de légumes et autres produits alimentaires. Normal, c’est le pays et son odeur, la langue, les comportements, la manière d’être, tout ce qui fait qu’un Marocain n’est pas un Chinois. Mais je ne suis pas fermé aux autres. Regardez, il y a des Africains noirs qui viennent parler un coup avec moi du Mondial 2010 et des Chinois qui adorent le pain marocain fait maison. Oui, c’est ma mère qui le fait. Nous sommes tous ici, les parents, les frères et sœurs. On a immigré depuis plus de vingt ans et la vie n’est pas plus mal. Il faut juste se sentir bien dans sa peau. Mais avec ce qui se passe aujourd’hui, c’est un peu difficile”.

La Gazette du Maroc

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