Lehiane Adnan : “ J’ai été massacré par la Guardia civil ”

- 22h54 - Espagne - Ecrit par :

Lehiane Adnan est un jeune Marocain qui a passé toute sa vie en Espagne. La vingtaine bien tapée, il vient de faire les frais de la force musculaire de plusieurs agents de la Guardia civil. Il a été massacré à tel point qu’il a failli perdre la vie. Aujourd’hui, il poursuit en justice ses agresseurs.

vous avez été tabassé par la police espagnole,
pourquoi et comment cela s’est-il passé ?

• Lehiane Adnan : tabassé, c’est vraiment le mot. C’était un contrôle banal d’identité qui a viré au drame. Je passais dans la rue, cela s’est passé après le 11 mars où l’on contrôlait toutes les têtes comme la mienne, les gens de notre race, la même gueule que moi, quoi. J’ai présenté ma carte au policier qui n’a pas apprécié que je lui demande pourquoi ce contrôle. Ce qui est mon droit le plus absolu. Il l’a mal pris, il a cassé en deux ma carte espagnole de résident légal comme vous le voyez et m’a dit que je devais revenir chez moi : « Moro de mierda vuelve a tu tierra ». « Maure de #### retourne dans ta terre ». Je n’ai
pas gobé moi non plus que ce type m’insulte et me bousille ma pièce d’identité. Je lui ai dit que c’était de l’abus et du racisme. C’est là qu’il m’a donné un coup de poing et m’a foutu par terre à coups de matraque sur la tête et le visage. Après ce sont ces collègues qui m’ont tabassé à mort. Il y a eu plusieurs témoins dont un Espagnol qui a voulu témoigner de lui-même devant les juges. Oui, un citoyen Espagnol de souche, qui a été écœuré et qui m’a soutenu. D’ailleurs le policier l’a supplié en lui disant qu’il ne fallait pas défendre un étranger et enfoncer un fils du pays.

Comment vous vous en êtes sorti ?
• Par miracle. J’ai cru qu’ils allaient me tuer. Je me suis laissé faire. J’encaissais les coups et je me disais que c’était la fin. Ce n’est qu’avec l’afflux des badauds qui criaient qu’ils allaient me tuer qu’ils ont cessé de me donner des coups.

On voit encore des cicatrices sur vos lèvres et votre visage...
• Oui, il m’ont ouvert les lèvres et j’ai eu des bleus partout sur le corps. C’est simple, je suis resté immobile pendant plusieurs jours. On a failli me briser la nuque et regardez, je portais une minerve,
pour soutenir mon cou pendant plus de trois semaines. Les médecins m’ont dit que j’ai eu de la chance parce que ma nuque aurait pu céder très vite sous les coups de matraque, et que je serai maintenant mort et enterré. Regardez les cicatrices sur mes lèvres et ma tête. Je n’ai rien fait de mal, je passais dans la rue et voilà que j’ai failli y laisser la vie. Vous trouvez cela normal, vous ?

Qu’avez-vous fait après ?
• Bien sûr ma famille me soutient. Nous sommes tous ici groupés comme si nous étions au Maroc. Ils pensaient, eux, que j’étais un émigré perdu à Madrid qu’ils pouvaient me battre comme ils le voulaient sans que personne ne me vienne en aide. Bien sûr que nous les avons poursuivis en justice. Nous avons déposé plainte. Il y a eu des témoins. Et surtout le courage de cet Espagnol qui a raconté exactement devant la police comment les choses s’étaient déroulées.

Qu’arrivera-t-il à vos agresseurs ?
• C’est la justice qui m’intéresse dans cette histoire. J’ai été tabassé à mort sans avoir fait quoi que ce soit de répréhensible. Ils doivent payer. Je ne sais ce que dit la loi, je ne suis pas avocat. Mais je sais
que s’il n’y a pas de mic-mac ils pourraient le payer très cher. Je serai très heureux parce que pour une fois, un Marocain aura été jusqu’au bout avec eux.

Pourquoi dites-vous cela ?
• Vous pensez que je suis un cas isolé ? Mais c’est déjà arrivé plus de cent fois. Des gens se font massacrer mais n’en parlent pas de peur de se faire expulser. On les maltraite et ils se la ferment. Faites un tour, parlez aux gens. On vous racontera des histoires incroyables, mais croyez-moi, c’est déjà arrivé à beaucoup de jeunes qui sont aujourd’hui obligés de garder le silence.

A votre avis, pourquoi la police espagnole recourt à ce type de traitements ?
• Je ne dis pas qu’ils sont tous des salopards. Non, je connais des policiers très sympathiques et respectueux. Mais il y a parmi eux des racistes. Ce n’est un secret pour personne. Il y a même ici à Lavapiès en plein quartier marocain, ceux qui insultent le Maroc et nous disent de rentrer dans notre sale pays. Pourquoi nous insulter ? Ils ont oublié qu’il y a moins de trente ans, on les appelait chez nous « l’Espagnol fauché ». C’est eux qui émigraient au Maroc pour vendre des tissus. Maintenant, les choses ont changé, c’est nous qui sommes ici pour travailler honnêtement. Jamais au Maroc, on a frappé des étrangers, jamais on les a maltraités. Ce sont eux qui nous insultent, nous frappent et nous disent que nous sommes une race de #### qui mérite la mort.

Ne pensez-vous pas que les attentats du 16 mars sont la cause de cela ?
• Certainement. Mais les mauvais coups ne datent pas du 11 mars, il ne faut pas se leurrer. Bien avant, la presse espagnole a relaté des dizaines de fois des cas semblables. Là avec le 11 mars, ils sont remontés contre nous les Marocains. Vous savez, il faut les voir parler aux Latinos, aux Chinois et aux Indous. Ce n’est pas les mêmes rapports. Avec les Marocains, ça vire très vite à l’insulte et l’intimidation. Parfois, cela dérape et on en arrive aux coups.

Que faut-il faire à votre avis ?
• Ecoutez, ce n’est pas à moi de leur dire qu’il faut respecter les gens, même les suspects dont on parle ont déjà subi des tortures et des coups. Savez-vous pourquoi on a sorti Jamal Zougam avec un sac poubelle sur la tête, c’est parce qu’on l’avait tabassé. Aujourd’hui en prison, tout le monde sait qu’ils sont maltraités. Et on vient nous parler des droits de l’homme et critiquer mon pays. Les Espagnols doivent savoir que nous ne sommes pas tous des terroristes. Et qu’il faudra attendre le verdict pour dire que les Marocains sont réellement derrière tout ça. Moi, j’ai défilé contre la guerre en Irak et contre les attentats. Pourtant cela ne m’a pas épargné trois semaines d’immobilisation entre la vie et la mort. Et ce n’est pas encore fini puisque je suis toujours sous traitement.

Comment voyez-vous l’avenir des Marocains en Espagne ?
• Je ne le vois pas d’un bon œil. On va souffrir. On va payer pour tout le reste. Ils ont là une occasion de nous traîner dans la boue. Ils ne vont pas la rater. Il y aura d’autres castagnes. On tabassera encore des Marocains et on nous insultera encore. Vous savez, ce n’est pas un mythe la haine entre Espagnols et Marocains.

Et Zapatero ?
• C’est un grand Monsieur, lui. Mais ce sont les vieilles habitudes encore enracinées chez les citoyens qu’il faut combattre. Ce n’est pas un changement de gouvernement qui va modifier les mentalités. Non, il en faut beaucoup plus.

La Gazette du Maroc

  • Lavapiès un coin du Maroc à Madrid

    Lavapiès est un quartier cosmopolite d'une extrême hospitalité. On y rencontre de toutes les origines : Marocains, Algériens, Indous, Sénégalais, Guinéens, Chinois, Bangladais, Boliviens, Vénézuéliens... Un coin de terre où les cinq continents sont à peu près représentés à mesures inégales comme c'est le cas en dehors des quartiers ghettos très chers à l'Europe.

  • Espagne : Les Marocains subissent l'après 11 Mars

    Voici l'intégralité de l'entretien réalisé par la Gazette du Maroc avec Mohamed El Afifi Mohamed, porte-parole du Centre islamique de Madrid.

  • Sebta, la bombe à retardement

    Sebta dans la tourmente. Les Sebtawas au pied du mur. La contrebande bat de l'aile et les chiffres d'affaires des marchands qui font le passage journalier sont au plus bas depuis que l'Espagne a décidé de resserrer la frontière de Tarajal avec le Maroc. Une situation au bord de l'implosion où les Marocains sont les premiers à payer le lourd tribut à la politique populiste et sécuritaire de la ville occupée. Quand à tout ceci s'ajoutent des cadavres de Marocains canardés comme des lapins, des réseaux de trafic de drogue pour financer les attentats terroristes et des affaires de pédophilie, il y a urgence à réagir.

  • Espagne : Un marocain libéré au bout de douze jours de calvaire

    Nous étions heureux, la semaine passée, de prendre la défense d'une famille bruxelloise dans le pétrin dans le sud de l'Espagne. Mohammed et Fouzia Tahri et leurs cinq enfants en partance pour le Maroc étaient immobilisés depuis six jours à Almeria.

  • Ce qu'endurent les Marocains clandestins attrapés en Espagne

    Vols divers, coups et blessures, humiliations de tous genres... Voilà ce qu'endurent les clandestins marocains arrêtés en Espagne avant d'être illico presto rapatriés vers le port de Tanger. Des exactions abassourdissantes qui peuvent aller dans certaines affaires jusqu'à l'hospitalisation des blessés tabassés comme il se doit par les forces de l'ordre ibériques. Un scandale qui lève le voile sur des comportements abusifs et anticonstitutionnels introduits et encouragés sous l'ère Aznar et qui risquent de tourner au vinaigre si le nouveau gouvernement espagnol n'y met pas une fin résolue.

  • Espagne : Les marocains ont peur

    Les craintes de la communauté marocaine établie en Espagne ne cessent de s'accroître. La nouvelle de la profanation de la tombe du policier, tué dans le suicide à l'explosif de sept islamistes, augmente les appréhensions de quelques 378 979 Marocains, en situation légale.

  • La Guardia Civil espagnole fait la traque aux clandestins

    La Guardia Civil espagnole a arrêté, jeudi 31 mars à l'aube, près de 100 immigrés clandestins, dont 61 marocains, qui tentaient de débarquer à bord de pateras sur le sol espagnol, à travers le détroit de Gibraltar et les Canaries.

  • Espagne : « Il ne faut pas céder à la provocation »

    Qu'est-ce qui a changé pour la communauté marocaine travaillant en Espagne, après les attentats de Madrid ?

  • Parti Populaire espagnol : "Le Maroc constitue un risque"

    "Le Maroc n'est pas un ennemi, mais il constitue un risque". C'est en ces termes que le candidat espagnol aux élections européennes, Luis de Grandes du Parti Populaire espagnol, a exprimé la position de son parti sur les relations avec le Maroc.

  • El Mostafa Berrfaï : un MRE qui attaque les États français et espagnol”

    El Mostafa Berrfaï, MRE d'Espagne, a subi l'iniquité des autorités judiciaires françaises et espagnoles. Suite à une confusion de noms, il a été emprisonné un an et demi pour un crime qu'il n'a pas commis. Il a perdu son travail, sa fiancée et sa maison. Son avocat dépose plainte pour obtenir des dédommagements.