Le Maroc s’inquiète pour ses émigrés

- 20h56 - France - Ecrit par :

Au Maroc, les réactions face à la percée de Jean-Marie Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle en France vont de l’indifférence à la consternation.
Pour l’homme de la rue, Jacques Chirac et Lionel Jospin, c’est copie conforme. A l’un et à l’autre, il reproche indifféremment d’apporter un trop grand soutien à Israël, au détriment de la cause palestinienne et de la sensibilité du monde arabo-musulman. L’éviction du candidat socialiste de la course à l’Elysée le laisse donc de marbre.

Si Jean-Marie Le Pen et son score inattendu provoquent l’inquiétude, c’est en raison de l’importance de la communauté marocaine installée en France (500 000 personnes environ). Le "délit de sale gueule" va-t-il se généraliser outre-Méditerranée ? Après avoir été rendus responsables de l’insécurité dans les banlieues, les expatriés vont-ils devoir faire leurs valises, privant ainsi leurs familles et l’Etat marocain de leurs devises, indispensables à l’économie du pays ? Beaucoup se posent ces questions avec une certaine anxiété... sans renoncer pour autant à réclamer des visas !

DÉRIVE DROITIÈRE

Cette poussée xénophobe, l’élite marocaine ne la craint pas. Bien au fait de la vie politique française, à la fois par formation et par l’écoute assidue des chaînes de télévision par satellite, les intellectuels ont d’emblée interprété la victoire de Jean-Marie Le Pen comme la conséquence d’un vote-sanction ou d’une grave légèreté. Ce qui les préoccupe cependant, c’est de constater que cette dérive droitière se traduit à l’échelle européenne. S’agit-il d’un état d’esprit destiné à s’installer durablement au sein de l’UE, se demandent les uns et les autres, avant de comparer, dans certains cas, cette montée de l’extrême droite à celle d’Adolf Hitler au début du siècle dernier.

Pour leur part, les internautes marocains qui ont visité le site de Jean-Marie Le Pen s’émeuvent d’y trouver une photo du chef du Front national en train de deviser aimablement avec... Hassan II. Pour eux, il est scandaleux que M. Le Pen "utilise cette image pour se valoriser et gommer ses positions racistes".

Si, dans la classe politique marocaine, peu de hauts responsables ont choisi jusque-là de commenter publiquement le "cataclysme" survenu en France, la gauche ne cherche pas à masquer sa "consternation" devant l’éviction de Lionel Jospin au profit de Jean-Marie Le Pen. C’est ainsi qu’Ahmed Lahlimi, ministre des affaires générales, proche du premier ministre socialiste, Abderrahmane Youssoufi, s’est dit choqué par la victoire du leader d’extrême droite. "Les amis de la France ont aussi ressenti ce choc, a-t-il déclaré. Cela aidera le peuple français à se mobiliser derrière les valeurs qu’il a toujours soutenues, de tolérance et de respect des droits de l’homme."

"DUCE FRANCE"

Khalid Alioua, membre du bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), tente de trouver du réconfort dans le fait que le Maroc "a la chance d’entretenir de bonnes relations aussi bien avec la droite qu’avec la gauche françaises". Mais, comme certains de ses compatriotes, il craint les semaines à venir. Quelle sera la composition de la prochaine Assemblée nationale française ? La France sera-t-elle gouvernable ? Le pire, pour Khalid Alioua, a-t-il expliqué, mardi, dans les colonnes du quotidien L’Economiste, serait qu’après les élections législatives de juin, en France, Jean-Marie Le Pen "puisse constituer un grand groupe parlementaire, ce qui lui permettrait d’intégrer le processus de légifération. Ceci menacerait nos intérêts marocains, mais aussi ceux de notre communauté en France".

Tandis que la presse marocaine interprète la montée de l’extrême droite française comme une véritable "défaite de la démocratie" et ironise sur la "Duce France", certains tentent déjà de tirer les enseignements de ce "séisme" pour mieux en protéger le Maroc. A cinq mois des élections législatives marocaines, les interrogations affluent : la classe politique marocaine n’est-elle pas trop éloignée de son électorat ? Les socialistes marocains pourraient-ils connaître, en septembre prochain, le sort de leurs amis français ? Quels effets pervers le scrutin de liste, amené à remplacer le scrutin uninominal à un tour, risque-t-il d’avoir au Maroc ? Et surtout, surtout, comment prévenir le fléau de l’abstentionnisme, qui fait le jeu de tous les extrémismes ?

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