Le mariage est devenu un luxe quasi inaccessible au Maroc
Le rapport du HCP sur la famille marocaine montre que le mariage reste un projet important, mais de plus en plus difficile à concrétiser. Logement, revenus insuffisants, chômage et coût de la cérémonie freinent surtout les célibataires en âge de fonder un foyer.
Au Maroc, le mariage reste associé au désir de fonder une famille, mais il se heurte de plus en plus à une réalité économique difficile. Selon les premiers résultats de l’Enquête nationale sur la famille 2025 du HCP, près de 39 % des célibataires qui refusent le mariage ou hésitent à se marier citent d’abord les contraintes économiques et matérielles.
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Derrière ce chiffre, le rapport pointe des obstacles très concrets : la difficulté d’accéder à un logement indépendant, l’insuffisance des revenus, le chômage et le coût jugé élevé du mariage. Autrement dit, ce n’est pas seulement l’envie de se marier qui est en question, mais la capacité à assumer les dépenses qui entourent la vie conjugale.
Le poids de l’argent apparaît surtout chez les hommes. Les contraintes économiques et matérielles sont citées par 54 % des hommes célibataires concernés par le refus du mariage ou l’indécision. Chez les femmes, les raisons avancées sont différentes : elles évoquent davantage le cycle de vie, notamment le jeune âge et la poursuite des études, ainsi que les contraintes relationnelles et familiales.
Le blocage devient particulièrement visible entre 25 et 39 ans, l’âge où le projet de mariage devient souvent plus concret. Dans cette tranche, les contraintes économiques et matérielles deviennent largement dominantes, avec 60,9 % des réponses. Chez les 18-24 ans, les hésitations sont davantage liées aux études et à la dépendance économique.
Le rapport montre aussi que les difficultés matérielles sont davantage citées en milieu rural, avec 43,2 %, contre 37,4 % en milieu urbain. Cette différence peut s’expliquer par l’accès à l’emploi, le niveau des revenus, les conditions de logement et la capacité des familles à accompagner financièrement les jeunes adultes.
Le paradoxe est que le mariage conserve une forte valeur familiale. Parmi les célibataires qui déclarent vouloir se marier, 77,6 % citent d’abord le désir de fonder une famille et d’avoir des enfants. Cette motivation reste majoritaire quel que soit le sexe, le milieu de résidence ou le type de famille.
Mais entre le souhait de se marier et la possibilité de le faire, l’écart se creuse. Le HCP indique que 51,7 % des célibataires déclarent ne pas souhaiter se marier, tandis que 40,6 % expriment l’intention de le faire et 7,7 % restent indécis. Ce refus est plus fréquent en ville et davantage exprimé par les hommes.
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Ces données dessinent une évolution profonde de la société marocaine. Le mariage n’est pas rejeté comme projet familial, mais il devient plus difficile à atteindre. Pour beaucoup de célibataires, il suppose désormais un logement, un revenu stable, une capacité à financer la cérémonie et une sécurité économique que tous ne parviennent pas à réunir.